Amélioration des conditions des travailleurs sur des hypothèses: Les salaires politiques imperturbables malgré les incertitudes

Annoncée à grand renfort médiatique comme le cadeau de fin d’année 2021, la revalorisation des salaires des travailleurs et l’augmentation du Salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig) sont aujourd’hui à l’épreuve de la guerre en Ukraine et son corollaire de crise économique. Du moins, c’est l’argument du gouvernement de la Rupture pour repousser aux calendes grecques l’effectivité des mesures annoncées. A la rencontre de mardi, 26 avril 2022, les représentants des travailleurs n’ont rien eu à se mettre sous la dent de façon immédiate. Tout ce qu’ils ont obtenu, c’est le principe d’une revalorisation et l’augmentation du Smig à 52 000FCFA. Quant à leur opérationnalisation, le mois de Novembre est annoncé avec la condition que la guerre en Ukraine ne durcisse pas davantage la crise économique. « La montagne a accouché d’une souris », a déclaré le Secrétaire général de la Cstb Kassa Mampo, à la sortie de la rencontre. Ses collègues de la Sca-Bénin et de la Cosi ont le sentiment d’une demi-satisfaction.

 

Bien que les arguments avancés ne soient pas moins pertinents, il y a tellement d’actes posés par le gouvernement qui vont à l’encontre des raisons évoquées pour justifier les incertitudes autour de l’effectivité des mesures. Nous n’en voulons pour preuve que la promotion récente de hauts gradés dans l’armée, la publication des salaires, jugés « mirobolants » par certains, des Secrétaires exécutifs (Se) des communes nouvellement désignés. De sources concordantes, on apprend aussi que les maires, qui viennent d’être dessaisis de la plupart de leurs prérogatives au profit des Secrétaires exécutifs, connaîtront une amélioration considérable de leurs salaires et se verront octroyer des véhicules neufs, comme pour leur essuyer les larmes.  Tout ça n’a pas été fait sur la base d’hypothèses et sur la place publique, comme c’est le cas des travailleurs qui pourtant créent plus la richesse. C’est à croire que la guerre en Ukraine et son corollaire de crise économique épargnent les salaires politiques. « On a aussi parlé des salaires des Se dans les mairies. On a observé que les salaires politiques sont multipliés N fois par le Smig et pour les travailleurs, rien n’est fait dans ce sens. Il (Patrice Talon Ndlr) a justifié ses choix. De ses explications, c’est qu’il faut mettre à l’abri ceux qui gèrent beaucoup d’argent de l’Etat, les maires et tout… c’est pour ça ils ont entrepris tout ça pour éviter qu’ils mettent la main. Maintenant si malgré ça quelqu’un met la main, il sera sanctionné. Ne pas le faire n’est pas une bonne chose vu qu’ils ont gagné beaucoup avec ces mesures qu’il prend depuis un moment, le Bénin a gagné beaucoup d’argent », relate le Secrétaire général de la Cosi, joint au téléphone. Ceci pour dire que la question des salaires politiques a été soulevée par les centrales syndicales lors de la rencontre. La réponse du chef de l’Etat laisse penser que tout cela est fait pour éviter que les politiques qui gèrent l’argent du contribuable mettent la main dans la caisse. Soit !  Mais est-ce que cela justifie le fait qu’on donne des salaires « mirobolants » en période de crise, alors qu’ailleurs, au Ghana par exemple, le gouvernement a annoncé la réduction de 30% des salaires des ministres et du président de la République. De même, les voyages officiels, les achats de véhicules neufs sont réduits au strict minimum, les allocations de carburant aux officiels réduits de 50%. N’est-ce pas cela l’exemple qu’on attend des dirigeants ? Ne pas le faire et prétexter de la crise pour repousser les avantages promis aux travailleurs donne l’impression qu’on est dans une République où on a des privilégiés d’une part et d’autre part, la grande majorité mal lotie qui, pourtant, crée la richesse.

 

M.M

Source : Matin Libre

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