Covid 19 : Boris Johnson hospitalisé, comment le Royaume-Uni est-il dirigé?

Boris Johnson, malade du Covid-19, est remplacé provisoirement par son ministre des Affaires étrangères Dominic Raab, mais sans que ce dernier dispose des mêmes pouvoirs. Comment le Royaume-Uni est-il alors dirigé ? Florence Faucher, professeure à Sciences-Po au Centre d’études européennes et de politique comparée répond à RFI.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson est écarté des affaires à un moment où le pays va probablement connaître sa semaine la plus meurtrière depuis le début de l’épidémie, qui a déjà fait plus de 5 000 morts. Il n’existe pas, au Royaume-Uni, de plan de succession formellement établi au cas où un chef de gouvernement se retrouve dans l’incapacité d’exercer ses fonctions. Boris Johnson n’a pas de vice-Premier ministre qui puisse assurer l’intérim.

RFI : Boris Johnson a demandé à Dominic Raab, le ministre des Affaires étrangères, de le « remplacer si nécessaire ». Quels sont ses pouvoirs ?

Florence Faucher : Dominic Raab doit s’occuper des affaires qui ont besoin d’être gérées actuellement, mais sans prendre des décisions qui engagent l’avenir. Celles-ci seront à nouveau à l’ordre du jour lorsque Boris Johnson sera de retour. Historiquement, le Premier ministre britannique n’est que le premier parmi ses égaux. Chaque ministre reste responsable de son portefeuille. Au Royaume-Uni, la centralisation est, en un sens, moindre qu’en France, où en cas de crise, il y a tendance à concentrer toutes les prises de décision à l’Élysée.

Dominique Raab a présidé, mardi 7 avril, la réunion quotidienne d’urgence regroupant des ministres, le chef des services sanitaires et le principal conseiller scientifique. Il a dit qu’il suivrait à la lettre le plan du Premier ministre contre l’épidémie de Covid-19. La question de la prolongation des mesures de confinement doit être discutée la semaine prochaine. Cette question peut-elle être tranchée sans Boris Johnson ?

Bien sûr, le processus décisionnel dans un tel gouvernement, en particulier dans un gouvernement de cabinet, ne repose pas sur une seule personne. Les décisions sont prises collectivement après discussions. La semaine prochaine, Boris Johnson sera peut-être capable de rejoindre les discussions de cette réunion appelée « Cobra meetings ». Dans le cas contraire, les discussions se poursuivront : les ministres entendront l’avis des experts, et le processus suivra son cours en l’absence de Boris Johnson.

Si jamais l’état de Boris Johnson se dégradait, qu’adviendrait-il ?

La situation d’urgence se prolongerait avec Dominique Raab aux commandes. Il continuerait à exercer cette fonction, qui est en quelque sorte un intérim. S’il fallait remplacer Boris Johnson à la tête des Tories, les circonstances ne sont pas les plus idéales pour organiser une élection au sein du Parti conservateur. Si jamais quelque chose de funeste arrivait à Boris Johnson, il reviendra normalement d’abord aux élus conservateurs du Parlement de s’en saisir.

La Constitution du parti britannique prévoit que les élections du chef du parti, depuis 1989, se font d’abord par une présélection de deux candidats parmi les parlementaires candidats. Ensuite, l’un d’eux est choisi par le vote de l’ensemble des adhérents. Mais en plusieurs circonstances, le vote des adhérents n’a pas été organisé, notamment parce qu’il n’y avait qu’un seul candidat. Cela avait été le cas pour Theresa May. On pourrait donc se trouver dans une situation où le groupe parlementaire conservateur choisirait un remplaçant à Boris Johnson sans avoir à passer par un vote des adhérents, qui serait difficile à organiser dans les circonstances actuelles.

RFI

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