Du décrochage à la célébrité: L’alléchant parcours de l’International Fresh T, le plus célèbre DJ du Bénin

Du haut de ses 29 ans d’âge et dans sa solitude quoique convenante, le métier lui a tout donné. Alors qu’il n’y a jamais rêvé faire carrière au départ, il réussit finalement à devenir le plus célèbre et incontournable du domaine au Bénin et ailleurs. Incursion dans le chapiteau de l’International DJ Fresh T, l’homme de Blue Diamond, qui dîne et sans alcool, désormais à la table des stars….

 

Matin Libre : Que doit-on retenir de l’International DJ Fresh T ?

International DJ Fresh T: Je m’appelle Gabriel Oluwatobi Akanni. Je suis un Disk jockey (DJ), Arrangeur et mon nom d’artiste est International DJ Fesh T. Je suis célibataire et originaire d’Ogun State au Nigeria. Je mixe de la musique de tout genre comme Hip Hop, R’n’B, Techno, House Music (deep house, electro house, tropical house etc.), Reggea, Dancehall, Amapiano, Afro, etc.

L’idée de DJ : Tout a commencé quand et comment ?

Ce qui m’a poussé à être DJ. Bon, je suis venu au Bénin en 2011 pour étudier le droit à l’Université Houdégbé. Déjà à partir de ma deuxième année, les choses étaient devenues compliquées. Il y a ma mère qui ne pouvait plus payer la scolarité et je ne savais plus quoi faire. Elle m’a demandé de revenir au Nigeria mais j’ai dit non, ce n’était pas la peine. Puisque ceux qui s’étaient moqué de moi, en disant si c’est Cotonou j’ai trouvé comme destination d’étude ; m’attendaient. J’avais donc décidé de lutter jusqu’à ce que ça aille. Même si je ne savais pas comment m’y prendre, j’étais quand-même optimiste. J’allais toujours à l’école. Dans ma classe, il y avait une dame plus âgée que moi. Tellement elle était fan de moi qu’elle m’a acheté un mini PC comme cadeau. Quand elle m’a remis l’ordinateur, je me demandais quoi faire avec. Puisque je n’avais pas trop de prérequis en informatique. Je ne savais donc pas quoi faire avec. J’ai donc amené le PC à un ami pour qu’il m’y installe des applications avec lesquelles, je pourrai m’amuser. Parmi ces applications installées, il y avait le Virtual DJ et d’autres. Mais, c’est le Virtual DJ qui m’a le plus attiré. Donc, j’avais commencé par m’amuser avec. J’avais plein d’amis DJ que je suivais pour aller sur des animations, juste pour manger (Rires…). Je n’étais donc pas intéressé. L’argent qu’ils prenaient même, je m’étais dit que je ne pourrai rien faire avec. J’avais donc commencé par m’amuser avec Virtual DJ. Quelques semaines après, un ami a ouvert un petit bar dans notre rue. Comme je m’amusais avec le logiciel, je m’étais dit que je pouvais essayer de commencer par mixer pour son bar. Donc, chaque soir après mes courses, j’étais dans son bar. Je mixais pour lui et les clients y venaient boire. C’est donc par là que tout a commencé.

Pourquoi le pseudonyme International Fresh T

C’est un ami de classe qui avait l’habitude de m’appeler Fresh. Puisque malgré le fait que j’étais à la charge de ma maman, je m’habillais bien et j’étais tout le temps frais. Quand on a commencé par chercher un nom pour ma nouvelle carrière de DJ à l’époque, il m’a suggéré le pseudonyme Fresh. Comme mon prénom est Tobi, j’ai ajouté le T au Fresh. Ce qui faisait DJ Fresh T. Ce n’est qu’après, j’ai rajouté International. Puisque j’ai toujours voulu être un DJ international. Et comme ma carrière prenait vraiment de l’envol, je m’étais donc dit qu’il fallait ajouter International. Histoire donc d’être prêt pour les opportunités à l’international. Quelques années après, je suis devenu vraiment international. Car, après le Togo, c’était le Dubaï et beaucoup d’autres pays et ce, rien que pour le travail.

 

Et ensuite, comment vous vous êtes retrouvé à ce niveau ?

Au début, je jouais n’importe quoi mais les gens aimaient bizarrement. Arrivé à un moment donné, j’ai eu un contrat à Yannick’s beach à Pk10. Après avoir vu mon statut, le gars m’a appelé et m’a demandé si je suis un DJ. J’ai dit oui. Il m’a dit qu’il a un contrat pour moi. C’est comme ça je suis devenu le premier DJ là-bas. En prenant ce contrat, je me suis dit que ce truc devient sérieux et il faudrait qu’en retour, j’y mette du sérieux. Donc j’ai commencé par chercher quelqu’un du domaine pour m’aider à mieux me professionnaliser. Je suis donc parti voir le plus grand DJ de notre communauté. Après lui avoir posé le problème, il m’a réclamé 150.000 Fcfa pour me former. J’ai dit Okay ! Même si je n’avais pas encore une idée de comment trouver cet argent, je lui ai demandé son contact. De là, quand j’aurai les sous, je vais le contacter. Mais le gars a refusé de me donner son numéro. Il m’a donné son nom et m’as demandé d’aller le chercher sur Facebook ( devenu Méta ; ndlr ). Je n’ai pas aimé et je me suis mis à chercher un autre moyen de me faire former. Je commence ainsi par fréquenter des Night-clubs pour écouter et suivre les différents DJ. Arrivé à la maison, je répétais ce que je captais. Ceci, jusqu’à commencer par faire des mix à l’aide aussi des tutoriels en ligne. Le fait d’écouter même plusieurs DJ m’a beaucoup plus aidé.

 

Dans quelles circonstances le Label Blue Diamond a-t-il pu flasher sur vous ? Et pourquoi ?

En 2014, j’ai reçu une offre au Club Hodanne Abattoir. Durant la même année, j’ai eu un contrat avec le Club Concerto (Akpakpa La Roche). Boosté par ma soif de succès, j’ai effectué une série de shows en Afrique de l’ouest qui s’est focalisé sur le Togo. De retour à Cotonou, je deviens le DJ officiel du club Tabou et le DJ le plus sollicité à Cotonou grâce au caractère versatile et ma capacité à mixer parfaitement les musiques africaines, française, indiennes, arabes, etc. avec une signature singulière que j’ai su développer. En 2015, j’ai eu un contrat avec le Calypso Lounge-bar (Haie-vive Cotonou). J’ai reçu ensuite un contrat avec MTN Bénin pour mixer sur leur concert annuel MTN Y’ello avec des têtes d’affiche telles que Dadju, Aya Nakamura, Sidiki Diabaté, Tekno, etc. En 2017, j’ai été élu vainqueur du concours des DJ nommé Scratch Ton Jack, organisé par le Premium Groupe à Lomé. De retour à Cotonou, j’ai performé sur le méga concert Urban Vibes 229 orchestré par l’État béninois avec des invités prestigieux comme Wizkid, Davido, Toofan, Fanicko, etc. En Décembre 2018, je fuis booké pour le concert de la star nigériane Olamide. C’était donc lors de la finale de ce concours à Lomé, que le Manager de Blue Diamond, Alviral Aho m’a repéré. Était aussi présent le Producteur de Wati-B, Dawala. Ils y étaient également pour l’événement Cash and arts organisé par Blue Diamond. À l’époque, c ’était DJ Moreno qui travaillait avec Fanicko que j’ai connu au Calypso. Donc, Alviral m’a dit que je devrais désormais mixer pour les autres artistes du Label. Il y avait Queen Fumi. En 2019, il y a eu un malentendu entre le Label et le DJ, ce qui a fait qu’ils se sont séparés.

 

Qu’est-ce qui a entériné cette collaboration ?

C’était un dimanche après midi, où je dormais. Tout à coup, je reçois un appel d’Alviral. Prends une voiture et viens à Bohicon, me disait-il. Je me suis dit, je peux être à Bohicon avant 18 heures ? Puisqu’il sonnait déjà 15 heures. Aussitôt, j’ai pris mon Pc et mes platines puis je me suis mis en route. J’ai trouvé tardivement une voiture qui transportait du riz. J’ai été obligé de négocier avec le chauffeur pour qu’il me prenne. Arrivé à un niveau, la voiture a eu un problème. Je m’étais demandé ce qui se passe. Je suis descendu et j’ai commencé par aider le chauffeur à pousser la voiture jusqu’à ce qu’elle soit remise en marche. Arrivé à Bohicon, j’ai pris un Zem ( Taxi moto ; ndlr ), pour le lieu de l’évènement. Malheureusement, à quelques centaines de mètres, la moto aussi tombe en panne d’essence. J’ai dû marcher par la suite. Une fois sur l’évènement, tout était déjà fin prêt. Je n’avais néanmoins fait aucune répétition. Mais, j’ai su gérer la prestation comme si on travaillait ensemble depuis des années. Après ça, Alviral a dit si je peux déjà bien gérer la prestation de cette manière, pourquoi pas signer un contrat. C’est arrivé donc à Cotonou qu’on signe ainsi le contrat. C’est comme ça je suis devenu le DJ officiel de Fanicko et de Blue Diamond

Vos Relations actuelles avec le Label ?

Blue Diamond, c’est mon label, c’est la famille. Avec un seul objectif, celui de faire exporter la musique béninoise partout dans le monde. Je suis beaucoup plus fier de cette collaboration et tout roule bien. Au passage, je remercie le Label d’avoir cru en moi à travers cette opportunité unique qu’il m’a donnée.

 

Quelles sont vos particularités aujourd’hui en tant que DJ international ?

Il y en a plusieurs. Il y a le vibe qui est propre à moi et différent des autres. Il y a aussi le look. En tant que DJ, le look est très important. Souvent, je prends tout mon cachet pour m’habiller. Sur certains événements, je prends tout ce qu’on me paye pour m’habiller. Comme ça, quand ton client même te voit, il est fier de t’avoir comme son DJ. Les gens sont fiers de me présenter comme étant leur DJ. Tout juste à cause de mon apparence, mon look. À part ça, il y a également la manière de mixer. J’ai une manière de mixer qui est beaucoup plus différente des autres. Ça me fatigue, ça me casse la tête des fois. En tant que DJ, tu peux mixer et changer le son comme tu veux. Mais moi, je prends le temps de lire la salle et de savoir quel type de chanson sortir à chaque moment. Ce qui fait que quand je mixe, je suis beaucoup plus concentré. Au point où quand quelqu’un me parle, je crie sur lui. Puisque quand tu me parles, ça me dégamme. C’est pourquoi j’ai mon assistant qui s’occupe de ceux qui ont un message à me passer. Donc ma manière de mixer fait que quand je mixe, ça rentre dans ton corps.

 

Le fait d’être nigérian n’est-il pas un handicap pour vous sur la scène francophone ?

C’est vrai que beaucoup se disent que je ne peux pas être fort dans la musique française et tout. Mais jusqu’aujourd’hui, je me débrouille pas mal. J’ai toute ma vie eu à prester dans les pays francophones. Il y a le Togo où je mixe presque tout le temps. Il y a le Burkina-Faso, le Tchad, la Côte-d’Ivoire, le Niger, le Cameroun, Dubaï et autres. Donc je maîtrise bien tous les genres de musiques qu’il faut. Je gère bien avec n’importe quel public. Les français, les anglophones, les arabes…. Il y a mon passage au Calypso qui m’a aussi beaucoup aidé. Puisque là, étaient présents des clients de toutes les nationalités. Ils y venaient chaque jour. Ce qui m’avais déjà permis d’avoir une culture large de la musique en général. Donc ma play list comporte un peu de tout. Ce qui fait que n’importe où je me retrouve dans le monde, je m’en sors.

 

Après dix ans de carrière, quel est désormais votre avis sur le métier que vous trouviez si noble ?

Je pense que je gagne assez bien. Même si ce n’est pas encore ce que j’ai envie de gagner, je gagne assez bien. Et, pour pouvoir arriver à ce niveau, j’ai dû faire beaucoup de sacrifices. Il s’agit des investissements dans les matos. Mon cachet aujourd’hui, c’est à partir de 1.000.000 Fcfa. Depuis mon début, j’investissais beaucoup dans mes matériels. Puisque pour gagner plus, il faut investir plus. Donc, j’ai beaucoup investi. Aujourd’hui, tous mes matériels dépassent 5.000.000 de Fcfa. Je ne parle pas des sonorisations, puisque je ne suis pas dans les sonos. Mais mes matériels de mixage et autres. Et j’ai commencé petitement depuis 2017 avec mon premier studio qui m’a coûté 5.000 euros. J’ai commandé tout en Europe. À l’époque, mon salaire était de 100.000 Fcfa. Mais j’économisais et je ne mangeais pas bien. Puisque je savais que cela allait donner quelque chose. La preuve, en 2017, c’était la dernière année de Yellow summer. Je voyais Mtn amener des DJ depuis la France et d’autres pays de l’Occident. Je me suis demandé s’il y a des DJ ici, pourquoi encore amener d’autres de loin ? En faisant mes recherches, j’ai constaté que les DJ qui quittaient l’Europe avaient beaucoup plus de matos. J’ai dit Okay. J’ai donc décidé à l’époque de commander une grande platine. Après cette acquisition, j’ai réussi à avoir le contrat de mixer sur Yellow summer. En réalité, ils se disaient que les DJ d’ici n’ont pas les matériels qu’il faut. Donc en achetant ces matériels, j’ai eu le contrat. Donc, c’est pourquoi, dans la vie, il faut savoir lire autour de soit et agir en fonction de cela. Ce n’est pas tout que la prière résout. Tu ne peux pas par exemple demander à Dieu de te donner des opportunités de voyage alors que toi-même, tu n’as pas un passeport. Soyons donc prêts pour les opportunités qu’on voudrait avoir. Ma dernière platine m’a coûté 3.500.000 Fcfa. Et, je suis le seul à l’avoir dans le pays.

À l’instar de Blue Diamond, quels sont vos projets solos ?

 

Mon rêve aujourd’hui, c’est de produire beaucoup plus de DJ professionnels. Ce que j’ai déjà commencé. J’ai un Label qui s’appelle Strawberrymusik. Je suis en partenariat avec des français pour la mise en place du Label. Pour le moment, il y a deux DJ qu’on produit. Une femme et un homme. J’ai envie de produire beaucoup plus. C’est en parallèle dans ce projet, que je m’investis.

 

Vos relations avec les autres DJ

J’ai des DJ qui sont des amis. J’ai d’autres avec qui je collabore uniquement et ça s’arrête là. À l’époque, j’avais beaucoup d’amis DJ. Puisque je suis quelqu’un qui n’arrive pas trop à être inspiré quand je suis seul. Mais quand je suis avec les autres, qu’on fait la même chose et chacun démontre de quoi il est capable, je trouve d’inspiration. Seulement, j’ai fini par comprendre que tout le monde n’a pas les mêmes intentions. Beaucoup m’envient et ça crée de la jalousie. Avant, ma maison était chaque fois remplie de DJ. Depuis que j’ai compris, j’ai stoppé. Désormais, je ne reçois que quelques têtes et c’est quand on a un travail à faire. Même si je m’ennuie parfois à la maison, je préfère être seul que d’être mal accompagné. Le seul avec qui je traîne, que je respecte beaucoup et qui m’a beaucoup aidé, c’est DJ Mano Sticker. Je peux même dire que c’est lui qui a couronné tout ce que je fais en matière de mix et c’est l’un des meilleurs du pays. Si je n’avais pas fait tout ce parcours avec lui, je ne pense pas être à ce niveau aujourd’hui.

Pour finir

C’est juste donner un conseil aux DJ qui viennent. Ils doivent travailler beaucoup et prendre leur vie au sérieux. Puisque le DJ a déjà une mauvaise réputation. Certains pensent que c’est un travail des délinquants, des voyous. Il nous revient de changer ce nom en donnant une autre image de nous. Ayons une vie modeste. Aujourd’hui, certains n’aiment pas traîner avec des DJ sauf s’ils ont un événement. Alors que nous ne sommes pas tous des voyous. J’ai beaucoup d’amis personnalités aujourd’hui, puisqu’ils me trouvent responsable. Moi par exemple, je ne prends pas de l’alcool. C’est bizarre n’est-ce-pas ? Voir un DJ qui ne prend pas de l’alcool, c’est vraiment bizarre. En clair, je recommande aux collègues de beaucoup investir dans leurs matos et looks et surtout d’éviter tout ce qui salira le nom DJ chez nous. Avec le travail et la prière, le reste viendra.

Réalisation et transcription : Janvier GBEDO

Source : Matin Libre

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