Gbessou, commune de Sô-Ava: La pénurie d’eau potable handicape la scolarisation des enfants

L’eau potable reste encore un luxe à Gbessou. La situation défavorise les élèves qui partent chaque matin à sa quête avant de se rendre à l’école.

Lundi matin à Gbessou, à environ 14 km d’Akassato. Les enfants doivent effectuer la corvée d’eau avant de se rendre au cours. La longue file d’attente devant le petit château d’eau implanté par l’Ong Emmaüs en dit long sur leur calvaire. Enfants, jeunes, femmes et adultes se disputent les places. La scène semble interminable. Les écoliers qui ont la malchance de venir sur les lieux avec quelques minutes de retard doivent supporter les humeurs des premiers arrivés. On se soucie peu de leur retard à l’école du fait de la rareté du liquide.

« Nous souffrons trop pour avoir de l’eau potable ici. Nous souhaiterions que les points d’eau soient rapprochés de nos maisons », plaide Sybelle Hounkanrin, écolière en classe de Cm2.

Chaque jour, les écoliers doivent parcourir en moyenne 700 mètres pour rallier le point d’eau. 6 h 00 est l’heure indiquée pour s’assurer de la ponctualité en classe. Léa Houngbédji, écolière en classe de Cm1 fait aussi le parcours du combattant. Elle raconte sa misère quotidienne : « Parfois, je suis en retard pour aller à l’école à cause de la navette que je fais chaque matin pour avoir de l’eau ».

Les apprenants qui arrivent à tirer leur épingle du jeu doivent supporter la fatigue de la journée. « Lorsque je suis trop fatiguée, je somnole en classe et le maître n’hésite pas à me punir », explique Inès Deffon, en classe de Cm2.

L’accès à l’eau potable est un casse-tête dans ce village de Sô-Ava qui compte environ 5000 habitants. A peine quatre forages dont un seul fonctionnel, dessevent toute la localité.

« Tous les matins, beaucoup de gens viennent au château d’eau pour prendre de l’eau; ce qui fait que nous sommes en retard en classe même quand nous arrivons tôt sur les lieux », confie cette fille âgée de 10 ans.

La corvée d’eau agit sur le rendement scolaire des apprenants. «Nous passons beaucoup de temps au puits avant d’avoir de l’eau. Nous prions les gens de bonne volonté de nous construire d’autres châteaux d’eau », plaide Mathias Gamba de la classe de Cm1.

« Nous voulons aussi consommer de l’eau potable chez nous. On rencontre beaucoup de gens quand on vient au puits les matins. On ne va pas à l’école à l’heure à cause du manque d’eau», ajoute Serges Zanmènou.

C’est avec un air triste que Pierre Ayonou, instituteur à l’Epp de Gbessou, évoque la peine des apprenants : « La pénurie d’eau potable nous rend la tâche difficile. L’école ne dispose pas de robinet d’eau. Les enfants sont obligés d’alimenter les récipients disposés dans les salles de classe chaque matin ».

Son collègue de la classe de Cm2 renchérit : « L’heure à laquelle les enfants finissent la corvée d’eau ne leur permet pas d’être assidus à l’école et de suivre correctement les cours. A partir du moment où ils sont fatigués, ils n’arrivent pas non plus à bien apprendre leurs leçons quand ils rentrent à la maison les soirs ».

La situation agit sur leur performance scolaire dont le pourcentage évolue en dents de scie :

73 % au Cep 2016 contre 56 % en 2017.

Casse-tête

Si la pénurie d’eau est un casse-tête, la qualité de l’existant laisse à désirer. L’eau autour de laquelle on se chamaille à Gbessou est d’une couleur jaunâtre. «On nous a dit que c’est de l’eau potable; nous la consommons malgré nous parce que nous n’avons pas le choix », confie l’instituteur.

L’eau disponible ici est source de maladies. Cela affecte plus les enfants qui viennent fréquemment en consultation dans le seul centre de santé de la localité. «Nous consultons très souvent les enfants âgés de 5 à 7 ans. Ils viennent pour la fièvre, le paludisme, les maladies diarrhéiques, les infections de la peau… », révèle Roger Akodjèvou, agent de santé.

Pour préserver la santé des enfants, les parents se ruent sur le grand forage situé au centre du village. C’est un don de feu Mgr Isidore de Souza. Mais il faut compter avec la disponibilité de celui qui détient les clés pour y accéder à plein temps. «L’heure à laquelle le gérant vient ne convient pas aux activités scolaires. Nous sommes obligés de nous rabattre sur le seul point d’eau fonctionnel», se désole Roger.

En matière d’infrastructures socio-communautaires, Gbessou est mal loti. Le village manque de tout. A la pénurie d’eau potable, s’ajoute le manque d’infrastructures scolaires. D’où ce cri de cœur de Léa Houngbédji : « A part le manque d’eau, nous n’avons pas suffisamment de salles de classe et de maîtres; nous serons très contents si les gens nous aident ».

Si l’éducation préoccupe les enfants, les moyens sont encore précaires. « Nous avons besoin des tables et livres pour mieux étudier », insiste-t-elle. L’école primaire publique de la localité est loin de répondre aux normes au point où la fusion des classes s’offre comme la seule solution. Ce qui pénalise les apprenants.

Pis, l’électricité est encore un luxe. « Les matins, nous souffrons pour avoir de l’eau, et les soirs, nous souffrons pour avoir de l’énergie électrique pour étudier », se plaint Akodjèvou Martial, écolière.

Au cours du forum des enfants du 28 au 30 août 2019 à Cotonou, ils avaient clairement émis leurs vœux. « Notre rêve est que tous les enfants aient droit à une éducation de qualité, toutes les localités soient dotées d’infrastructures scolaires…», peut-on lire dans le document de plaidoyer élaboré à cet effet.

« L’enfant, cet être vulnérable, est le réceptacle de dons, de charismes, de prédispositions insondables et insondés et de dispositions qui convient les adultes, père, mère, éducateurs et décideurs à lui prêter une attention particulière», renseigne le Code de l’enfant qui mise sur l’assistance éducative des enfants en son article 186, article 2, paragraphe 2. Les Odd 4 et 6 prônent respectivement l’éducation de qualité pour tous dans des conditions d’équité et l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement.

Mais le village de Gbessou est encore très loin de combler ces attentes.

Au quotidien

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