Génération numérique, notre génération / INTERNET : UNE DENRÉE RARE EN MILIEU RURAL

 Il ne fait plus aucun doute que le numérique est devenu un outil indispensable pour la génération actuelle et pour celles à venir. Avoir accès à Internet est pour certains jeunes, « la porte ouverte vers la réussite ». Mais cette porte ne semble pas ouverte pour tous. Dans les communautés rurales, des jeunes filles rencontrent des difficultés d’accès à Internet et ce pour diverses raisons. 
 ‘’Se connecter’’ est devenu une nécessité pour la génération actuelle. On parle même de « Génération numérique ». Il est évident que l’Internet rapproche voire supprime les frontières terrestres. C’est ce qui est sans doute à l’origine de l’expression « village planétaire ». Cependant, au Bénin, dans certaines communautés rurales, certaines jeunes filles se voient exclues de l’appartenance à ce village planétaire.
 
Des interdits parentaux
Dans certaines communes comme à Djidja par exemple, certains parents pensent que permettre à une fille d’avoir accès à internet est une manière de lui permettre d’avoir des pensées impudiques et de développer des idées malveillantes. « Mes parents me refusent souvent d’utiliser ne serait-ce qu’un téléphone portable pour me connecter. Quand j’ai besoin de faire des recherches, j’ai souvent recours à mon frère. Ils disent souvent que le net est un monde d’impureté », confie Florine KOUDJO, une jeune fille de 19 ans.
En effet, plusieurs filles confirment l’idée selon laquelle certains parents leurs refusent d’avoir accès à Internet de peur que cela puisse avoir des conséquences. Louise ATINKPO, une jeune fille âgée de 18 ans et élève en classe de terminale est obligée chaque fois de se voir accompagnée par son frère aîné au cybercafé de la commune à chaque fois qu’elle a besoin d’informations venant d’Internet. Ses parents craignent souvent qu’elle « copie des habitudes comme des styles vestimentaires trop osés et beaucoup trop légers pour une fille de bonne moralité ».
Quant à Denise, elle est obligée de faire sans l’internet car selon ses parents, elle n’en « a pas vraiment besoin… après tout, d’autres ont survécu sans internet ».  Pour d’autres parents, refuser à leur jeune fille d’avoir accès à Internet est une manière de les protéger car de nos jours, « les enfants sont curieux, beaucoup trop même. Internet est une ouverture vers toutes les impuretés de ce monde. Il devient donc urgent d’en préserver nos enfants. C’est le moins que nous puissions faire », raconte Antoine, le père de Denise. Certains de ces parents se fient à des contenus et des sites adultes pour interdire l’accès à Internet à leur fille.
 
Le prix à payer
« Vous n’avez pas vraiment idée de ce que ça implique de se connecter, ne serait-ce que pour une demie journée… », affirme Alicia, une étudiante en première année de Lettres moderne à l’Université Abomey-Calavi, ressortissante de la commune de Djidja, les yeux rivés vers le sol et la voix tremblante. En effet, le coût de la connexion est un problème pour certaines filles et plus encore, pour celles qui sont dans les universités publiques. « Il faut d’abord se débrouiller pour se nourrir et maintenant penser à se connecter… honnêtement, je préfère faire sans », continue la jeune fille. La difficulté ici ne concerne pas les préjugés ou encore les interdits parentaux. Cette fois-ci, le problème concerne plutôt le coût de la connexion. D’après quelques étudiantes, se connecter n’est pas chose facile. « Vous achetez votre forfait pour 200 francs, ce qui en soit est déjà un lourd sacrifice et au bout de trois heures, votre forfait est épuisé », se plaint R       eine, une camarade d’Alicia. En effet, plusieurs internautes se sont souvent plaints du coût relativement élevé de la connexion internet et ce à plusieurs reprises. Pour ce qui est de ses jeunes filles, ‘’vouloir ne semble pas vraiment dire pouvoir’’.
Une alternative beaucoup trop risquée
« Se connecter à Internet n’est pas forcément un problème si vous avez la connexion illimité à la maison ou si vous avez l’accès à un wifi », confie Reine. Mais toutes les étudiantes d’Abomey Calavi ne disposent pas d’une connexion illimitée. Cependant, elles peuvent avoir accès à un wifi ouvert. A Abomey Calavi, il existe plusieurs endroits d’où elles profitent d’un wifi ouvert. La plupart du temps, il s’agit de wifi appartenant à des institutions, des entreprises ou des entités. Le problème qui se pose parfois se rapporte à la fluidité de la connexion, étant donné le nombre de personnes connectés sur le même wifi.
Vendredi soir après les cours, Reine se dirige vers le rez-de-chaussée d’un immeuble à cinq étages. C’est l’endroit habituel d’où elle « se connecte ». A peine pouvait-on apercevoir l’immeuble, que l’on pouvait y voir une foule de jeune gens, assis pour certains, debout pour d’autres et accroupis pour quelques-uns. Tous avaient les yeux rivés sur leurs Smartphones. A la vue de cette foule, Reine se précipita vers un tabouret près des escaliers du rez-de-chaussée. « Parfois, il faut se battre pour trouver une place et une place proche pour avoir une bonne connexion » confie la jeune fille. Une fois assise sur le tabouret qu’elle convoitait, la jeune fille sortit son téléphone de la poche droite de sa robe. Après quelques manipulations, le téléphone vibrait pendant quelques minutes. Pendant ce temps, Aline observe son entourage.
Un peu plus loin et un peu plus tard dans la soirée, un groupe de personnes se regroupe autour d’un carrefour avec le même scénario que tout à l’heure. Leurs yeux étaient fixés sur leurs appareils. Il sonnait déjà 23 heures 45 minutes et les jeunes gens étaient toujours là. Dans le même temps, cette heure signifie l’arrivée de quelques autres. Un peu loin devant, un groupe de jeunes s’aventurait vers le carrefour. « Pour avoir une bonne connexion, il faut venir à une heure où les gens ne seront plus trop présents, 23 heures par exemple », nous confie une des filles.
 
Un problème de moyens techniques
Pour d’autres filles, le problème d’accès au numérique est plutôt lié au manque de moyens techniques. C’est le cas de Emanuela, 20 ans et élève en classe de terminale à Pobé. « Si moi je trouve quelqu’un qui veut bien m’acheter un téléphone Android, je n’aurai plus ce problème ». En général, le moyen le plus simple d’avoir accès à Internet est d’utiliser un smartphone. Bien entendu, un téléphone non android pourrait également permettre d’y accéder. Cependant, avec « un téléphone à touches, la connexion prend un coup. On se retrouve à devoir appuyer sur des touches et à devoir attendre des chargements de pages pendant un bon moment », confie la jeune fille.
Toutefois, certaines jeunes filles ont la possibilité de profiter d’ordinateurs. Le problème ici est que « les ordinateurs ne sont pas toujours disponibles ». Pour quelques-uns qui sont disponibles, « très souvent, il manque le code de connexion », dénonce Clarisse ADJAYI.
 
Coupées du reste du monde
Au Bénin, il existe deux opérateurs de réseau principaux. Il s’agit de MTN et de Moov Africa. D’après des informations venant de https://arcep.bj/performances-mtn-et-moov/, les performances enregistrées en avril 2021 placent MTN en tête de classement des performances, avec un taux de succès de 99,36 contre 99,01 pour l’opérateur Moov Africa. Cependant, ce n’est pas dire que ces deux opérateurs satisfont la clientèle et surtout celle des communautés rurales.
Il est difficile d’obtenir du réseau dans certaines communes. « Au début j’ai cru que c’était à moi seule que cela arrivait, mais quand d’autres en ont parlé je me suis rendu compte que c’était un problème général », confie Eloise. En effet, dans certaines communautés, malgré la disponibilité d’outils techniques, « on a du mal à avoir du réseau ». « Tu as beau acheter ton forfait et acheter un téléphone dernier cri, ça ne changera rien », continue la jeune fille.
 Ce problème se fait remarquer dans plusieurs communautés rurales et plusieurs habitants et habitantes de ces communes critiquent cet handicap des opérateurs malgré leurs différentes performances. D’autres disent même qu’elles ont « l’impression d’être coupées du monde ».
 L’accès à internet est encore loin d’être une réalité dans les milieux ruraux au Bénin. A la réticence des parents, encore trop conservateurs, s’ajoutent les coûts financiers élevés des moyens techniques  permettant d’avoir accès à internet. En effet, un smartphone coûte toujours trop cher pour une fille vivant dans un milieu. Les coûts de la connexion sont également trop élevés. De plus, la qualité de la connexion est un vrai problème. Déjà dans les grandes villes du pays, il est difficile de bénéficier d’une connexion de bonne qualité. C’est donc un défi que devra relever  les deux principaux opérateurs de télécommunication, principaux fournisseurs d’accès internet. 
Même si de grands efforts ont été consentis par les dirigeants pour désenclaver numériquement les hameaux et  villages du Bénin et permettre aux filles de faire partie de ce village numérique, on constate malheureusement que n’a rien véritablement changé. L’espoir est toutefois permis grâce aux différents programmes mis en place par les gouvernants actuels. C’est notamment le cas du programme d’électrification qui devrait permettre à tout le Bénin de bénéficier de l’énergie électrique. Ceci pourrait pousser les fournisseurs d’accès internet à s’implanter dans les milieux ruraux et par ricochet améliorer la qualité de la connexion. Ceci serait un grand pas vers l’accès à Internet des filles en milieu rural.

Source : Le Journal de NOTRE EPOQUE

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