La chanteuse ‘’Nono Miwa’’au sujet de son ouvrage ‘’Enfance volée’’: Un rideau sociologique contre la maltraitance des enfants

(Véritable thérapie d’un trop plein au goût amer)  

Dorline Bruneau Tchiakpè à l’état civil, ‘’Nono Miwa’’ est une grande figure de la musique béninoise. Elle a aujourd’hui pris l’initiative de faire le pas du micro vers la plume. Et le résultat a accouché d’une autobiographie romancée à travers laquelle, l’écrivaine a profité pour creuser un abcès qui a longtemps martyrisé les âmes innocentes. Ce livre intitulé ‘’Enfance Volée’’,  se laisse lire comme une thérapie et en même temps comme une chicane posée pour sauver l’enfance brusquée. Rencontrée, mardi 24 janvier 2023, à son domicile à Calavi, l’autrice décortique.    

 

Matin Libre : Vous êtes reconnue dans l’espace artistique et culturel béninois en tant qu’artiste chanteuse. Aujourd’hui vous avez choisi le chemin de la plume. Puis, le vendredi 19 novembre 2022, en France vous avez mis sur le marché du livre votre premier roman. Qu’est-ce qui vous a motivé ?

Dorline Bruneau Tchiakpè alias ‘’Nono Miwa’’ : En effet, je  suis connue dans le monde de la musique effectivement depuis des années.  De la musique à la plume, comme vous le dites, je ne vous apprends rien, vous le savez déjà, en tant qu’artiste  nous sommes a priori écrivain. Puisqu’à la base nous écrivons la plupart de nos œuvres avant de les livrer sous forme de chanson ou toutes autres formes. Mais bon, pour ma part, j’aime beaucoup écrire. Et déjà dans mes chansons, quand on m’écoute, on peut comprendre l’éducation le respect, la persévérance et l’amour. Donc aujourd’hui pourquoi l’écriture, pourquoi avoir sortir un roman autobiographique ? Mais je vous le dirai.

Alors l’ouvrage dont il est question, et qui vous a d’ailleurs fait faire un tour rapide au bercail, s’intitule ‘’Enfance volée’’. C’est le tout premier acte d’écriture que l’artiste a posé. Et c’est une plume assez raffinée publiée en France aux Editions ‘’Le Lys Bleu’’. Pourquoi l’option de cette autobiographie romancée ?

‘’Enfance volée’’ pourquoi ? Mais tout simplement parce que mon enfance à moi a été volée. Et comme il y a pas mal d’enfants en Afrique et que l’Africain pense  éduquer avec le Bâton comme les moutons, alors que même aujourd’hui, les bergers ne tapent plus sur leurs moutons, ils ont des cris, des signes et des gestes pour dresser leur bétail, il était temps de lever la voix pour dévoiler le sujet, peut être en partant d’un exemple personnel. Donc en martyrisant un enfant, en attachant tout simplement un enfant, en se déchaînant sur une âme innocente, c’est lui voler son enfance. (Les yeux presqu’en larme).  Puisqu’il n’aura pas de joie, il n’aura que de la violence et de l’amertume.

A l’intérieur de cette œuvre romanesque riche de 120 pages précisément, c’est un récit poignant et palpitant garni de suspens et de rebondissement, c’est une histoire saisissante ayant trait à la vie personnelle de l’artiste qui y est racontée avec beaucoup de soin. Qu’est-ce qui a donné le déclic qui a entrainé l’écrivaine à livrer ce récit sur le fond de sa propre expérience de vie et non travers une pure fiction ?

 Mais c’est juste que mon histoire peut se lire comme l’histoire de Pierre, Paul et de Jacques, c’est-à-dire, comme l’histoire de tout le monde. (Visage enthousiasmé et rempli d’émotion vive).  Parce qu’après j’ai eu pas mal de témoignage autour de moi. Et non seulement, il suffit de taper ‘’Violence’’ sur le net et vous allez constater certains qui ont eu le courage de témoigner sur des histoires plus violentes que la mienne. Je remercie le ciel. Malheureusement, certains se suicident à cause de ces violences. D’autres se replient sur eux-mêmes et d’autres deviennes pires que les parents. Et donc moi, j’ai juste voulu faire ma thérapie. Aujourd’hui j’ai eu cette force de sortir pour faire un stop, je veux dire, cette main qui fait un ‘’Stop’’ à la violence. Si  par ma voix, en tant qu’artiste, ça peut marcher pour ne serait-ce que réduire cette violence dès l’enfance ou encore aujourd’hui à l’âge adulte, pourquoi pas ?

Dans les lignes et interlignes de ce bouquin de poche on constate que la violence est située sur deux paliers. Le premier,  c’est l’enfance dont la vulnérabilité est laissée en proie aux mauvaises intentions et abus diversifiés venant de la part des parents. Puis le second, c’est votre propre mari qui, sur un fond de maladie vous a abandonnée, c’est-à-dire qu’il a divorcé. Ce qui est reçu et perçu comme un véritable choc. Parlez-nous-en.

Oui, pour ce qui concerne l’enfance c’était par rapport à ma mère qui, sous prétexte que mon géniteur était parti, moi je devrais payer pour monsieur. Et c’est toujours d’actualité malheureusement dans notre société. (Sourire éteint, regard perçant affichant une volonté ferme de préserver un passé douloureux).  Pour le cas de mon mari, moi je lui ai pardonné, parce qu’il n’a rien demandé ce monsieur. Il était allé au travail comme tout le monde mais il est revenu avec la maladie de parkinson. Et donc je me suis battu en tant qu’épouse, psychologue, psychiatre, conseillère et tout le reste et par-dessus tout, la maman des enfants, pour le soutenir. Je venais même en Afrique dans les boutiques de Jean Pliya pour chercher des feuilles, de l’eau bénite (pouffe de sourire avec un regard dans le vide) que je ramenais pour sauver mon mari.

Toujours dans l’intention de sauvegarder le nécessaire…

Exactement. Je voulais l’aider parce qu’au début il tremblait beaucoup. Et j’étais à fond dans mon rôle d’épouse et d’infirmière. Mais quand les médecins ont dit sept ans plus tard qu’avec les médicaments c’était bon, pour me protéger, il a demandé le divorce. En réalité ce n’est pas pour me faire du mal je l’avoue. Mais moi j’ai mal accueilli sa décision.  Parce que j’étais aussi malade. Je n’étais pas bien, j’étais faible complètement. Et donc je l’ai ressenti comme une trahison et l’ingratitude. Et puis j’ai quand même accepté ce divorce, quand bien même plus tard il a demandé qu’on renoue les liens et j’ai refusé. J’ai été jusqu’au bout.

Pourquoi avoir refusé ?   

Tout simplement par fierté je crois. Parce que j’étais encore un tout petit peu en colère.

A ce stade vous étiez déjà à combien d’années de vie conjugale ?

13 années exactement.

Dans cette autobiographie vous avez choisi peindre cette histoire qui est de vous-même. Le personnage Paul qui s’y trouve est-ce le réel prénom de votre époux ?

Ce n’est pas son nom. J’ai donné un prénom fictionnel, pour ne pas le toucher. Il a lu l’ouvrage. Il a eu droit au premier numéro. Et il était très ému. Il m’a même remercié d’ailleurs. Il était venu ici au Bénin il n’y a pas longtemps pour la présentation du livre.

Ce qui touche encore dans la lecture de ce livre c’est quand on se rend compte que c’est une artiste chanteuse qui s’est quand même donné à l’exercice d’un récit assez bien structuré avec le respect soigné des principes de base. Quel est le secret ? a-t-elle fait ses études en Lettres ?

Non, pas du tout. Je suis autodidacte. Parce que moi j’aime beaucoup écrire et beaucoup lire aussi. Il faut avouer que je ne suis pas tombée dans la bonne famille pour aller très loin. Sinon, toute petite, j’avais toujours l’ambition d’être avocate pour protéger les enfants. Parce que quand certains osent crier au secours, les parents les étouffent. Ce qui était mon cas. Ou certains qui n’osent pas parler on ne les aide pas. Alors qu’à l’étranger on aide ces enfants.

Quelle sera la suite à donner à cette autobiographie romancée ?

J’ai déjà commencé. Mais ce ne sera plus typiquement autour de ma personne. Mais ce qui est certain d’autres œuvres vont voir le jour. Et  je suis en train de programmer une promotion de cette première que j’ai déjà sous la main.

 

Dorline Bruneau Tchiakpè merci.

Merci à vous aussi pour l’intérêt.

Réalisé par Teddy GANDIGBE  

Source : Matin Libre

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