Le Bénin face au terrorisme, que faire ?

Lundi 11 avril 2022, le Bénin est sous le choc ! Les terroristes viennent à nouveau de frapper. Le pays vient de subir une attaque particulièrement meurtrière dans le nord-ouest dans le Parc de la Pendjari. Plus de cinq morts et des blessés graves sont déplorés. Des morts et une attaque de trop qui ne peuvent laisser indifférent. Depuis quelques mois, le pays est en effet victime d’attaques terroristes répétées. Le nombre total de pertes en vies humaines serait de douze décès du côté des Forces Armées du Bénin (FAB) et de sept du côté de l’African Parks Networks – APN – (dont 5 rangers, 1 conducteur civil et 1 instructeur français). Les parcs de la Pendjari (département de l’Atacora) et W (département de l’Alibori) et leurs environs dans le nord du pays (respectivement à la frontière avec le Burkina Faso et le Niger) sont les régions touchées à ce jour.

Au regard des enjeux sécuritaires et de la progression du terrorisme, le Bénin a besoin d’une stratégie de stabilisation. Ladite stratégie devrait être non seulement sécuritaire, mais aussi socio-économique et politique.

Au niveau de la défense et de la sécurité, dans le cadre d’un concept stratégique des opérations (CONOPS), il faut une contre-offensive et un meilleur contrôle du territoire.

L’objectif est de repousser et de neutraliser ceux qui attaquent, mais aussi les cellules dormantes, les têtes pensantes et les donneurs d’ordre. La protection des civils (PoC) durant les opérations est essentielle et doit demeurer une priorité pour éviter tout dommage collatéral. Le strict respect des droits humains est en effet un impératif.

Aux niveaux opérationnel et tactique, il faut quadriller le terrain pour plus d’efficacité avec des positions fortes (y compris dans la zone des 3 frontières) desquelles les troupes seront moins vulnérables, avec une capacité de faire des patrouilles, mais aussi une possibilité d’évacuation médicale en temps réel.

Il faut également s’assurer que le dispositif et le positionnement n’isolent pas plus, voire totalement, les communautés vivant de l’autre côté de la rivière Pendjari. Cette dernière pourrait constituer une frontière naturelle en cas de montée des eaux, notamment pendant la saison des pluies. Les terroristes pourraient dans ce cas de figure s’installer sur le territoire béninois sans être inquiétés, poser des engins explosifs improvisés (EEI), mais surtout exploiter et recruter des populations à leur merci.
Il faut également éviter que les groupes terroristes en provenance du Burkina Faso s’allient à ceux opérant au Nigéria. C’est un autre front d’ouverture à éviter à tout prix. Enfin, il faut négocier le droit de poursuite au-delà des frontières et un partage d’informations/ renseignements avec les pays voisins en temps réel. Le dispositif sécuritaire, pour être efficace, se doit d’être au-delà des frontières nationales.

Le recrutement au sein des FAB ayant été gelé des années durant, il va également falloir mettre en place un dispositif continu, car seul un effectif suffisamment étoffé permettra de maintenir certaines positions fermes sur le long terme. Si l’effectif actuel est insuffisant pour couvrir l’ensemble des points stratégiques et la logistique qui va avec, le pays pourrait le temps qu’il faudra, mettre à contribution les contingents engagés dans les missions de maintien de la paix.

La formation des Forces de défense et de sécurité (FDS) doit être renforcée sur les questions de contre-terrorisme, de renseignement, de techniques d’interrogatoire et de déminage. La menace des attaques de type IED est très forte ; par conséquent, il faut acquérir une expertise pointue en la matière. La capacité des FDS de pouvoir identifier et désamorcer les IED de façon préventive sans dégât collatéral devrait être un objectif prioritaire.

Par ailleurs, il est fondamental pour les FDS d’établir une relation de confiance avec les populations pour un renseignement humain efficace. La technologie ou les drones ne peuvent remplacer le renseignement humain. Il faudrait mettre à contribution les chasseurs, les braconniers, pêcheurs et autres qui circulent dans les zones concernées pour leurs activités et qui pourraient connaître les positions ou les habitudes des terroristes. Ils les croisent, paient parfois des taxes et constituent par conséquent une véritable source d’informations. Cependant, il faut les mettre en confiance et les protéger pour qu’ils coopèrent sans que cela ne les mette en danger. Cela suppose entre autres une coopération accrue entre différents services notamment la police des frontières, les renseignements généraux et le renseignement militaire. Le système d’alerte précoce des Organisations de la société civile (OSC) devrait également être mis à contribution en vue d’une action ou réponse rapide.

D’un point de vue équipement, il faut de toute urgence du matériel dernier cri tels que les drones, les radars, les équipements de vision nocturne, de déminage et de protection, etc. Il faut également des hélicoptères et autres appareils permettant de faire de la reconnaissance, mais aussi de passer à l’offensive quand c’est nécessaire. Le soutien des partenaires stratégiques y inclus les pays voisins ayant un avantage comparatif dans certains domaines devrait être intégré à la stratégie.

Bien que l’accent ait été mis à dessein sur le volet sécuritaire, le tout sécuritaire n’est pas la solution. Dans la stratégie, il faut absolument intégrer les volets socio-économique et politique.

Au niveau socio-économique : dès lors qu’il s’agit de zones très vulnérables et isolées, il faut un plan urgent d’investissement massif ainsi qu’une présence renforcée de l’Etat (école, centres de santé, formations, activités génératrices de revenus (AGR), opportunités économiques, hausse du pouvoir d’achat, etc.). Il faut à tout prix mettre un terme à l’isolement et à la pauvreté des populations souvent exploitées ou recrutées par les terroristes. L’appui des activités de pêche, d’élevage, d’agriculture et la lutte contre les effets du réchauffement climatique doivent également être intégrés dans la stratégie. Les communautés vivant à proximité des parcs de la Pendjari et W doivent être prises en compte par les administrateurs desdits parcs. La collaboration est souhaitable en vue d’une relation gagnant-gagnant, afin qu’elles ne se sentent pas lésées par une gestion exclusive des parcs.

Au niveau politique : il faut une gouvernance plus inclusive et apaisée. Les divergences politiques peuvent être exploitées par les ennemis de la Nation. Il ne faut pas que la désunion au niveau national, détourne le regard des gens de la menace pesante, au profit de la politique. Il ne faut surtout pas oublier que l’objectif des terroristes n’est pas de se cantonner au Nord du pays, l’accès à la mer étant très important pour eux. Les dissensions internes peuvent faciliter leur progression. La cohésion nationale est par conséquent un impératif !
Nadia Nata

Source : Fraternité

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