Les Larmes d’une Reine

Le dimanche 12 mai 2024, la troupe  » Corélias Productions » a produit un spectacle à l’Eglise EAD d’Affacodji, à 17H00, intitulé Les Larmes d’une Reine. Un spectacle inédit et pas comme les autres…

En effet, dans cette pièce, vous ne verrez aucune référence religieuse. Dans le texte, aucune mention à Dieu ou à Jésus… Et c’est précisément cette caractéristique qui est complètement inhabituelle…

En effet, à Cotonou, et sans doute dans tout le Bénin, pour faire une carrière dans le théâtre, pour attirer un public, c’est un véritable défi… Alors, les comédiens se produisent dans des édifices religieux et produisent des pièces qui le plus souvent se terminent par une intervention divine, qui rétablit la justice en punissant  » le méchant ». Les fidèles, réconfortés dans leur foi, se rassurent : Dieu est toujours là, pour veiller sur eux…

Les Larmes d’une Reine est une pièce qui a été écrite pour dénoncer les violences conjugales que subissent en silence les femmes battues… La pièce raconte comment un méchant mari – qui a rencontré une autre femme – exige le divorce. Mais comme son épouse l’aime encore, elle refuse et c’est le drame. Les coups pleuvent, l’épouse hurle en pleurant, frôle la mort.

Et c’est parce qu’elle sera encouragée par ses proches qu’elle ne pourra échapper à ce calvaire qu’en allant porter plainte au commissariat de police… Dans la scène finale, le mari est arrêté et menotté par deux agents : « Au nom de la loi, d’après le décret n° 2011-26 du 09 janvier 2012 nous vous arrêtons pour coups et blessures envers Madame Faty GBOYOU, votre épouse ! Vous encourez 15 ans de prison ! »

Par conséquent, une pièce de théâtre qui aborde un sujet sociétal, banal en soi, hélas ! Et pourtant…

Et pourtant, Dieu n’a jamais été appelé au secours… Dans un temple ? C’est assez inouï, non ?! Mais il faut dire que dans ce temple, le Pasteur et son épouse sont jeunes. Tous deux entendent au quotidien leurs fidèles. Les femmes se confient… Mais parfois, Dieu doit être aidé par la loi des hommes. Pour rendre l’espoir et le courage aux femmes qui se sentent souvent abandonnées, il faut parfois accepter d’harmoniser les voix…

Et c’est précisément cette audace qui confère à la troupe de Corélias Productions, sa marque de fabrique : l’originalité dans la créativité ! Une pièce très engagée !!! Une pièce qui vient au secours des femmes. Mais une pièce évacuée de tout arrière plan religieux. Quel paradoxe, n’est-ce pas ?! Quand on souffre, on prie toujours le Ciel pour qu’il nous vienne en aide… Or, dans cette pièce, le sauveur, ce n’est pas Dieu, c’est l’ETAT et ses lois…

Le 12 mai 2024, le public s’est régalé. La pièce a été magistralement interprétée. Les comédiens se sont impliqués avec leur cœur, avec leurs tripes, et dans la salle, le public l’a bien compris. Personne n’a ri quand Fiton battait sa femme… Gloria, qui interprétait le rôle de Faty, pleurait réellement quand elle hurlait son désespoir. Les femmes qui étaient là, ont applaudi très fort quand ce misérable de mari, le coupable de tant de souffrances, a enfin été arrêté et conduit en prison… Et pourtant Fiton, est un personnage complexe… Il n’a pas pu avoir d’enfant avec Faty. Tous dans le quartier se moquaient de lui, le soupçonnant d’impuissance. Alors, comment ne pas le comprendre, quand – face à la pression de la société africaine qui juge tout couple infertile – il rencontre une autre femme qui le fait de nouveau rêver d’une famille ??? Un personnage complexe, finalement mi odieux, mi sympathique. ( Bravo à toi, Babel, tu as été tellement crédible ! ) C’est cela qui est intéressant au théâtre ! Ça fait réfléchir, même si on rit… [ Molière, au 17e siècle l’avait dit : faire rire, pour instruire ! ]

Mais, impossible de clore cet article sans rendre hommage à Gloria. Gloria, ce jour-là, a été sublime. Remarquable. Magnifique. Magistrale. Elle a porté en elle, du fond de son âme, le rôle de LA REINE, sans couronne, sans tiare, sans diadème, dont elle n’avait nul besoin, pour incarner toute la majesté que la Reine incarnait. Elle n’a pas crié à pleine gorge quand elle protestait pour faire valoir ses droits d’épouse, elle n’a pas crié à pleine gorge quand son mari la ruait de coups. Elle pleurait. C’est GLORIA qui a porté LES LARMES d’une REINE, sur ses frêles épaules et elle a été littéralement éblouissante. Une grande comédienne ! Non, une grande actrice !!! Parce que ce soir-là, Gloria est réellement devenue Faty. Toutes nos félicitations, Gloria. Tu as emporté le public avec toi, les femmes se sont levées dans le public pour venir à ton secours et t’encourager à devenir Reine. Tu peux être fière de toi, Gloria !!! Mille fois BRAVO à toi ! C’est grâce à toi que la pièce de théâtre « Les Larmes d’une Reine rend justice à la femme africaine parce qu’elle retrouve avec ce spectacle toute sa dignité. » ( cf. La Publication sur FaceBook, Corélias Productions du 13 mai 2024 )

Alors, Chers Lecteurs, si vous avez l’occasion d’assister à une nouvelle représentation de Les Larmes d’une Reine, n’hésitez pas ! Vous ne serez pas déçus !!! Juste une heure de votre temps pour vous « divertir  » autrement…

Article rédigé le mercredi 15 mai 2024 par Marie Bonnemaison / Docteur es Lettres / Expatriée à Cotonou depuis 2020 /

Source : 24 HEURES AU BENIN

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