L’influence infinie des compositeurs noirs sur la musique américaine

Aux États-Unis, la pianiste Lara Downes s’est fixé pour mission de faire connaître les œuvres de musique classique composées par des Noirs américains.

Photo en noir et blanc de Scott Joplin (© MPI/Getty Images)

En 1976, Scott Joplin reçoit à titre posthume le prix Pulitzer pour ses contributions à la musique américaine. (© MPI/Getty Images)

Pour Lara Downes, qui anime une émission de radio*, Scott Joplin (1868-1917) est l’un des compositeurs noirs précurseurs dans ce domaine. Certes, son influence se ressent principalement dans la musique populaire américaine, mais on la retrouve également dans la sphère classique.

Couronné « roi du ragtime », notamment pour ses célèbres morceaux pour piano « The Entertainer » (1902) et « Maple Leaf Rag » (1899), Scott Joplin a aussi composé un opéra intitulé Treemonisha (1911). L’œuvre contient des éléments de chants folkloriques noirs et de negro spirituals ainsi que des chœurs et des arias.

Lorsque Scott Joplin s’est produit à l’Exposition universelle de 1893 à Chicago, « c’était la première fois que le ragtime touchait le grand public » et le succès a été immédiat, indique Lara Downes. Précurseur du jazz, le ragtime a été « un pont entre le XIXe et le XXe siècle », ajoute-t-elle, et Scott Joplin a influencé de grands pianistes de jazz, tels que Jelly Roll Morton (1890-1941) et Duke Ellington (1899-1974).

Le rythme syncopé du ragtime constituait « la nouveauté », et il a fait vibrer le monde entier, explique Lara Downes. « Tous les styles de musiques populaires qu’on écoute possèdent ce rythme syncopé » : le jazz, le blues, le rock’n’roll et le hip-hop. « Tout cela remonte au ragtime. »

Un patrimoine musical riche

Si les musiciens et compositeurs noirs sont largement reconnus pour leur influence sur la musique populaire américaine, il faut savoir que certains ont aussi fait des percées considérables dans les milieux classiques.

Lara Downes admet qu’elle a grandi en pensant que la musique classique était une tradition européenne. Après avoir étudié le piano pendant une grande partie de sa vie, elle s’est penchée sur son héritage africain-américain en explorant les œuvres de compositeurs noirs. C’est ainsi qu’elle a découvert que des Noirs américains avaient écrit des concertos, des symphonies et des opéras.

Lara Downes (Avec l’aimable autorisation de Max Barrett/Lara Downes)

Aujourd’hui, de nombreux spécialistes estiment que Treemonisha, de Scott Joplin, a inspiré l’opéra Porgy and Bess composé par George Gershwin en 1935. Mais outre Joplin, Lara Downes a découvert les œuvres de Florence Price (1887-1953), la première Africaine Américaine dont la musique a été interprétée par de grands orchestres symphoniques, et de William Grant Still (1895-1978), qui a produit pas moins de cinq symphonies et huit opéras.

Ces dernières années, la connaissance des compositeurs africains-américains a « explosé au sein de la communauté des artistes [classiques] et des mélomanes », souligne la pianiste.

Des arrangements du XXIe siècle

Les compositeurs africains-américains d’aujourd’hui apportent un regard nouveau, ajoute-t-elle, citant les exemples de Carlos Simon, compositeur en résidence au John F. Kennedy Center for the Performing Arts* à Washington, et Jessie Montgomery, compositrice en résidence au sein de l’Orchestre symphonique de Chicago*.

Carlos Simon, originaire d’Atlanta et passionné par la musique gospel, compose fréquemment des œuvres pour le National Symphony Orchestra et le Washington National Opera. Il a également écrit des morceaux dans le cadre de commandes faites par l’Orchestre philharmonique de New York et l’Orchestre philharmonique de Los Angeles. « La musique est ma chaire. C’est là que je prêche », a-t-il déclaré au Washington Post.

Carlos Simon assiste aux Grammy Awards à Los Angeles en février 2023. (© Lester Cohen/Getty Images/The Recording Academy)

Jessie Montgomery, violoniste de New York, a composé des œuvres solo, de chambre, vocales et orchestrales. « Sa musique intègre à la musique classique des éléments musicaux vernaculaires, d’improvisation, de poésie et sa conscience sociale, ce qui fait d’elle une fine interprète du son et de l’évolution de l’Amérique du XXIe siècle », lit-on sur le site de l’Orchestre symphonique de Chicago.

La musique écrite de nos jours par les compositeurs noirs contient « des échos de jazz et de negro spirituals, et elle embrasse ainsi la plénitude de la musique américaine », se réjouit Lara Downes. En exemple, elle cite les œuvres de Michael Abels, qui comprennent des morceaux pour orchestre, des concertos, des opéras et des partitions de films complètement hors-normes. Lara Downes mentionne également Rhiannon Giddens, qui a étudié l’opéra, mais qui explore dans ses œuvres bien d’autres traditions musicales.

Lara Downes dit collaborer avec beaucoup de compositeurs noirs qui reflètent « le monde dans lequel nous voulons vivre et notre humanité commune » en créant « des choses belles et intemporelles » à partir des expériences les plus fortes qu’ils ont vécues. « Ce qui me rend la plus fière dans la musique américaine, c’est sa capacité à imaginer quelque chose de mieux et à transmettre cet espoir au public », conclut-elle.

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Source : 24 Heures au Bénin

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