Louis G. Vlavonou sur Éden TV: « La cherté de la vie n’est pas liée au vote du budget »

Dimanche 03 avril 2022, le président de l’Assemblée nationale Louis Vlavonou était l’invité de l’émission « L’entretien du dimanche » sur Eden Tv. Au menu des échanges, la hausse des prix des produits de premières nécessités. Louis Vlavonou a évoqué les causes de même que le rôle que joue  le Parlement béninois pour expliquer aux populations les mesures prises par le gouvernement. Voici le verbatim des propos tenus par Louis Vlavonou.

 

« Merci de revenir sur un sujet récurrent qui fait croire que le vote de la loi de finances gestion 2022 et le vote du Code général des impôts sont sources de la cherté de la vie au Bénin. En réalité, il n’en est rien. La cherté de vie a des causes exogènes et des causes endogènes. L’Assemblée a deux missions fondamentales. C’est d’abord le vote des lois et ensuite le contrôle de l’action du gouvernement. Nous sommes donc dans nos prérogatives en votant des lois. À ces deux missions fondamentales s’ajoutent d’autres missions subsidiaires. Par rapport aux missions fondamentales, si on ne votait pas la loi de finances, nous ne donnerions pas au gouvernement les moyens de sa politique. Constitutionnellement, c’est l’Assemblée qui donne au gouvernement les moyens de sa politique. Et c’est tout à fait normal qu’en votant la loi de finances nous puissions permettre au gouvernement de réaliser le PAG 2. Tous les éléments contenus dans le PAG 2 ont donc leurs sources dans le budget général de l’État. En quoi cette mission peut donc impacter la vie de la population ? C’est la question qu’il faut se poser…Pour ceux qui estiment que le budget a été voté tel qu’il a été transmis par le gouvernement, c’est le moment de leur expliquer comment ça se passe à l’Assemblée. C’est le moment de leur expliquer la procédure législative que nous suivons avant le vote du budget de l’État. Cette procédure commence depuis la 2ème quinzaine du mois d’octobre avec le dépôt du projet de loi de finances à l’Assemblée nationale. Ce projet de loi fait l’objet de débat au sein d’une commission que nous appelons commission budgétaire. Elle est l’union de la commission des finances et de la commission du plan de l’Assemblée nationale. Ces deux commissions sont saisies quant au fond. Les autres commissions permanentes (éducation, coopération et loi) sont saisies pour avis. C’est dire que tout le monde met la main à la pâte. Toujours dans la procédure, nous invitons les sachants (universitaires et autres) pour venir décortiquer avec nous les différentes composantes du projet qui a été transmis par le gouvernement. Tous les députés ne sont pas des fiscalistes encore moins des spécialistes de la  loi budgétaire. Nous invitons donc les ressources humaines extérieures à venir appuyer les députés, ceci à la faveur de semaines que nous organisons. Au cours de ces séminaires, les députés sont suffisamment éclairés sur le contenu du budget. Le gouvernement n’est pas impliqué à cette étape de la procédure.  Lorsqu’on finit de faire cela et on comprend l’architecture du budget, on invite alors les opérateurs économiques, le patronat, la Chambre de commerce et d’industrie du Bénin, la société civile, les syndicats des travailleurs à venir plancher devant les députés pour nous faire part de leur lecture du contenu du projet de lecture du budget de l’État dont ils avaient reçu copie auparavant. La commission budgétaire prend en compte leurs préoccupations et étudie avec eux les possibilités d’aménagement et de réceptivité de leurs doléances.  Lorsqu’on finit cette étape, on demande à chaque ministre sectoriel de venir exposer sa lecture du budget en ce qui concerne son département. Et chaque ministre défile devant la Commission. Au vu des doléances formulées par le secteur privé, les syndicats, la société civile…les députés leurs posent des questions auxquelles ils apportent des réponses. Le gouvernement explique. Nous représentons le peuple et nous portons la voix du peuple pour essayer de voir ce qu’on peut corriger. Ce qui veut dire concrètement que toutes les structures de la société sont impliquées dans l’étude du budget. Quand on finit de faire tout cela, le ministre des finances vient pour un débat général qui se fait en séance plénière. Tout cela peut durer 45 jours. On ne vote donc pas le budget les yeux fermés comme certains le pensent et le disent. Au niveau de notre règlement intérieur, les travaux en commission ne sont pas publics. Pendant qu’on fait tout cela en 45 jours, les gens ne voient pas ce qu’on fait. Et c’est lorsqu’on programme la plénière qui est ouverte à tout le monde qu’on voit qu’on veut voter le budget. On ne vote pas le budget en catimini ou nuitamment. Non ! Le budget est voté après un travail minutieux fait par les députés avec tous les acteurs de la société civile, les syndicats, le secteur privé… qui participent activement aux discussions préalables et à la procédure… »

« L’augmentation des taxes n’est pas la raison de la cherté de la vie »

« Avec la crise sanitaire, beaucoup d’institutions ont fermé. D’autres ont travaillé par visioconférence, bref les entreprises ont tourné au ralenti. De ce fait, il y a le fret aérien comme maritime qui a pris un coup. Les rares bateaux qui venaient vers les côtes africaines livraient les marchandises à un coût élevé. Généralement, les marchandises sont livrées coût, assurance et fret. C’est sur cela que la douane fait sa taxation. La valeur à déclarer est liée à ce triptyque. Si le fret prend de la valeur, ce qui est à payer en termes de taxe va augmenter. Il y a consolidation des valeurs en douane. Ce que nous appelons le tarif extérieur commun (Tec) est consolidé au niveau de l’Uemoa et de la Cedeao. A l’heure actuelle, aucun pays au niveau de la Cedeao et de l’Uemoa ne peut augmenter ces valeurs puisque c’est des droits qui sont consolidés par les directives communes aux États membres. Lorsqu’on dit que votre costume est taxé à 20%, le Bénin ne peut pas de son propre chef passer à 25%. Donc aucune taxe n’a augmenté. Ce sont les éléments constitutifs de la valeur en douane qui changent plutôt. Un conteneur qui était à 2000 euros à la livraison est aujourd’hui à 12.000 euros, soit une augmentation de près de 300%. Ceci rien que par rapport au fret. Et lorsqu’on intègre cet élément de fret au coût qu’on ne maitrise pas parce que cela dépend de l’usine qui produit le bien de consommation, on arrive vite fait à l’augmentation des prix. Cet exemple simple que je viens de décrire ne dépend pas de nous. C’est la Covid-19 qui a engendré cela. Et c’est de notoriété publique. On était à ce niveau de renchérissement du coût et de la valeur sur laquelle sont appliqués les droits de douane quand la guerre entre la Russie et l’Ukraine est arrivée. Avec cette guerre, le secteur pétrolier a pris un coup. L’Ukraine livre les inputs par rapport à l’engrais. Avec ce blocus au niveau de la Russie, le pétrole a pris de la valeur. Et lorsque le pétrole prend de la valeur, cela impacte tous les autres secteurs de la vie, notamment la disponibilité à bon prix des produits de premières nécessités…A ces deux raisons, la crise sanitaire et la guerre en Ukraine s’ajoute le terrorisme. Nous avons la chance de ne pas connaitre très tôt les effets du Djihadisme quand bien même il y a eu quelques incursions meurtrières ces derniers temps. Les pays du Sahel qui vivent le terrorisme ont vu leurs populations se déplacer et lorsque ces populations se sont déplacées, cela a occasionné l’abandon des terres qu’elles cultivaient pour se nourrir. La production agricole a donc chuté au niveau de ces pays-là qui, du coup, s’appuient sur les pays voisins pour s’approvisionner. Qui est ce commerçant qui ne veut pas faire du profit ? Ils viennent chercher le maïs, le sorgho, le mil….chez nous. Ce qui fait que nos zones productrices du Nord n’arrivent plus à faire le retour de leurs productions vers le sud. Ce qui crée une raréfaction de ces produits. Le coût d’un produit étant le point de jonction entre la demande et l’offre, il y a forcément renchérissement lorsque l’offre est en-dessous de la demande…C’est donc le lieu de saluer le Président de la République qui a placé son 2ème quinquennat sous le signe du hautement social pour les mesures urgentes qui ont été prises pour soutenir les populations face à la hausse des prix. La mission de l’Assemblée nationale après la prise de ces mesures est d’aller expliquer à nos mandants ce qu’il en est. Nous avons déjà joué la partition que nous confère la Constitution en interpellant le gouvernement. Beaucoup de députés ont déjà déposé des questions écrites auxquelles le gouvernement a l’obligation de répondre. Les députés sont constamment sur le terrain sur la question de cherté de la vie ».

« Nous allons retrouver bientôt notre joie de vivre »

« Nous ne nions pas qu’il y a cherté de la vie. C’est une réalité. Et face à cette réalité, les pouvoirs publics ne sont pas restés les bras croisés. Ce qui se passe est pour un temps. Les mesures prises ont occasionné une perte de 80 milliards de F CFA au niveau de l’État sur trois mois. Ce n’est pas rien. Nous espérons que d’ici trois mois, d’autres conditions permettront encore de ramener les prix à la baisse. Nous traversons une période difficile. Ce n’est pas le Bénin seul qui est concerné. C’est une crise mondiale. Au Bénin nous avons plus de résilience que d’autres pays. Et c’est cela qui fait que des gens quittent ailleurs pour venir s’approvisionner chez nous. Essayons de nous placer dans le contexte régional où nous sommes mieux lotis que d’autres. Nous exhortons le peuple à la patience et nous leur disons que c’est pour un temps. Tout va passer et nous allons retrouver notre joie de vivre… »

 

MM

Source : Matin Libre

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