(Des espions russes, des conseillers élyséens et la DGSE)

Mouftaou Badarou signe dans Une taupe à l’Élysée un thriller particulièrement efficace à partir d’une idée forte : le palais de l’Élysée est infiltré par les services secrets russes. Comment alors son héros Jimmy Boris, l’agent spécial de la DGSE, va-t-il déjouer le complot ?

 

Mouftaou Badarou a abordé tous les genres de la littérature. Il a débuté par la nouvelle, a poursuivi avec la poésie, avant de tâter du genre romanesque depuis 2014, année où il a donné naissance au personnage de Jimmy Boris, héros récurrent de sa série d’espionnage. Travailleur lent et méticuleux, Mouftaou Badarou a mis cinq ans à peaufiner ce quatrième numéro où nous sommes embarqués à la poursuite d’un barbouze russe qui conspire contre l’État français. L’élucidation du meurtre de deux journalistes et d’un conseiller élyséen à Paris fait pointer un doigt accusateur sur Vladimir Orlov, attaché militaire à l’ambassade de la Russie à Paris, « un homme à la carrure de Boris Eltsine et au cynisme de Vladimir Poutine ». Personnage retors et manoeuvrier, Vladimir Orlov, comme tout bon barbouze, est dépourvu de tout sens moral. Parfaitement construit, tonique, haletant à partir de la cinquante-et-unième page, ce thriller frappe par son réalisme et le sens du détail de l’auteur. Jimmy Boris, le héros du roman, emprunte ainsi quelques traits à son créateur : il a un goût prononcé pour la mode, aime la cuisine raffinée, le thé-vanille et la bière blanche. Comme l’auteur, le héros n’est pas le genre tombeur de femmes en vogue dans de nombreux romans d’espionnage.

Ce numéro semble plus abouti, les précédents (Panique à Cotonou, Putsch à Libreville, La vengeance d’Aïcha Kadhafi) constituant autant d’étapes vers une écriture plus originale et plus concise. Ce n’est pas étonnant pour un auteur qui travaille inlassablement son style. Comme en témoigne son 2e recueil de poèmes, Conversations avec le diable. Il faut cependant noter que les deux premiers numéros de la série (Panique à Cotonou, Putsch à Libreville) sont passés inaperçus quand le troisième (La vengeance d’Aïcha Kadhafi) a été fort bien accueilli par les lecteurs. Parce que l’art et la manière de l’auteur ne se sont affinés qu’au troisième numéro : une idée originale, le sens de l’intrigue et du suspense, et une étonnante chute finale.

Extrait : Une taupe à l’Élysée, éd. Licht, mai 2022, 202 pages. (Disponible sur Amazon, fnac.com, editionslicht.com et sur commande dans toutes les librairies affiliées aux réseaux Dilicom et Decitre).

Source : Matin Libre

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