Malfrik Djèklounon au sujet des organes de presse illégaux : « Nous allons travailler à déblayer le terrain pour que la réforme s’installe définitivement »

Le Conseil National du Patronat de l’Audiovisuel du Bénin (Cnpa-Bénin) entend désormais lutter contre les organes de presse illégaux. Pour cause, suite aux nombreuses plaintes reçues du public en général et des responsables d’organes de presse en particulier, et se référant aux conclusions issues des différentes rencontres initiées sur le secteur des médias, le Cnpa-Bénin a décidé de la création de la Cellule d’Assainissement et de Contrôle de l’Environnement Médiatique (CACEM). Laquelle cellule créée officiellement le 20 décembre 2022 a plusieurs objectifs majeurs. Dans cette interview, le Coordonnateur de la CACEM en la personne de Malfrik Djèklounon lève le rideau sur les activités à mener et apporte des clarifications.


Que vient chercher la CACEM dans le secteur des médias ?

La CACEM comme vous l’entendez est défini comme la Cellule d’assainissement et de contrôle de l’environnement médiatique. Qu’il vous souvienne qu’au niveau des faîtières de la corporation, il y a une institution que nous appelons le Cnpa (Conseil national du patronat de la presse) qui a eu l’ingéniosité de créer cette cellule qui aura pour mission principale d’aider, d’appuyer la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) dans sa mission régalienne qu’est de réguler les médias en République du Bénin.

La mission du CACEM est donc clairement définie, vous semblez dire ?

Oui. C’est une mission bien définie. Vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a eu des réformes annoncées par le Chef de l’État dans le monde des médias. Ces réformes-là, on ne peut pas les réussir sans d’abord assainir la corporation. Il va falloir évidemment que les responsables de ces organes de presse puissent véritablement nous aider à également les aider à bien faire le travail.

Quand on se fie à la définition du sigle CACEM, on tombe sur « Assainissement ». Cela veut-il dire que le secteur des médias est embrouillé ?

Quand vous prenez par exemple le secteur de la santé, on ne peut pas exercer ce type de métier sans appartenir à l’ordre des médecins. On ne peut pas exercer la topographie en République du Bénin sans appartenir à l’ordre des Experts géomètres et ainsi de suite. Donc il faut véritablement qu’au niveau du monde des médias, nous puissions travailler à ce qu’on ait zéro journal illégal dans notre pays.

Vous voulez assainir et contrôler l’environnement médiatique.

Naturellement. Puisque c’est la mission qui a été assignée à la Cellule d’assainissement et de contrôle de l’environnement médiatique comme l’indique le nom.

Mais pourquoi ce réveil aujourd’hui ?

Qu’on le veuille ou non, depuis l’arrivée à la tête du CNPA de M. Euvariste HODONOU, il y a beaucoup de choses qui se font dans la discrétion. Aujourd’hui, il a été décidé que la cellule soit créée dans le cadre de l’assainissement du monde médiatique béninois.

De quels moyens disposez-vous actuellement pour atteindre cet objectif ?

D’abord, ce sont les moyens humains. La cellule est composée de cinq membres qui ont également des missions assez claires. Nous aurons à faire beaucoup de choses sur le terrain : sensibiliser les acteurs des médias, patrons d’organes de presse, mais également travailler en synergie avec l’Ocrc qui véritablement nous aidera à mieux assainir les pratiques puisqu’aujourd’hui comme vous le voyez et savez très bien, la plupart des organes qui paraissent mettent des articles en ligne et il va falloir agir. Avant d’être Journaliste, avant de publier un article en ligne, il va falloir que le journal soit véritablement autorisé surtout en terre béninoise.

L’assainissement prendra-t-il du temps ?

C’est un vaste chantier. Nous allons travailler main dans la main avec les responsables d’organes de presse. Ce n’est pas une cellule créée contre X ou Y. Mais pour le bonheur de la corporation, il faut que nous contrôlions tout ce qui se fait au sein du monde des médias. Aujourd’hui vous constaterez qu’on arrive même pas à identifier le siège d’un organe encore moins du journaliste, ni du promoteur. C’est véritablement un scandale qui n’honore pas notre corporation. Donc il faut travailler afin de tourner dos à ces infractions.

Chacun se lève, créé son journal aujourd’hui sans la moindre autorisation. A qui la faute ?

C’est la faute à nous tous, acteurs des médias ! Depuis que le bureau du Cnpa a décidé de prendre ses responsabilités, vous venez de constater la création de la CACEM et les membres que nous sommes, avons une lourde mission, laquelle est de travailler véritablement à assainir la corporation. Nous endossons la responsabilité. Mais nous avons décidé désormais de nettoyer l’écurie.

Cela veut-il dire que vous voulez faire trainer les travaux de la réforme du secteur ?

Du tout pas ! C’est une complémentarité puisque nous ne pouvons rien faire d’ailleurs sans même les autorités de la HAAC. Nous allons travailler à parfaire ce qui se fait déjà mais en même temps déblayer le terrain pour que la réforme s’installe définitivement.

Que voulez-vous dire par « déblayer le terrain » ?

Travailler pour que la réforme ne vienne pas à se confronter à cette difficulté qu’est l’existence illegale des organes de presse.

Le CNPA-Bénin s’engage à appuyer la HAAC pas sans la CACEM ?

Voilà ! La CACEM est comme un bras technique du CNPA pour lutter contre la prolifération des organes de presse illégaux en République du Bénin.

A quand donc la fin du job M. le Coordonnateur ?

Nous n’avons pas encore un temps précis pour ça puisque c’est une mission. Mais dès que nous allons sentir véritablement que le terrain est déblayé, dès que nous allons sentir que les promoteurs des organes de presse ont pris conscience, en acceptant donc de déclarer les organes de presse auprès de la HAAC, auprès du parquet pour l’existence légale et à la bibliothèque nationale, je pense que nous pourrons dire qu’il y a un travail qui a été fait et qu’on peut se frotter les mains.

Donc ça peut venir dans 5, 10, ou 20 ans ?

Nous, nous allons faire notre travail et à un moment donné on sera certainement appelé à d’autres charges. Et comme l’administration est une continuité, d’autres vont forcément venir nous relayer pour la suite de l’opération.

Donc après la réforme, la veille doit continuer ?

Naturellement !

Que dit le Coordonnateur de la CACEM à l’ensemble des acteurs des médias ?

Il y a eu beaucoup d’attaques après la publication du communiqué. A tous les acteurs des médias, j’aimerais dire qu’il n’y a pas de panique à avoir. Je pense que nous sommes des béninois et nous devons travailler à nous aider. Tous ceux qui ne sont pas en règle vis-à-vis de la HAAC, nous allons les aider à se conformer. Nous avons un secrétariat auprès du CNPA à la Maison des Médias “Thomas Mègnanssan” à Cotonou et déjà beaucoup peuvent se rendre là et avec leur preuve d’autorisation, nous allons les aider à se conformer pour que notre presse s’en sorte gagnante.

L’assainissement implique aussi la multiplication des organes de presse ?

La presse aujourd’hui est devenue une entreprise et au jour le jour, si les gens nourrissent l’ambition de créer les entreprises, nous n’avons pas le pouvoir de les bloquer. L’idéal est que nous puissions les orienter à faire les formalités administratives nécessaires pour être en règle vis-à-vis de notre pays.

Propos recueillis par Mahussé Barnabé AÏSSI (Coll.)

Source : Fraternité

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