Obsèques et succession du Souverain en milieu Baatonou : Ce qu’il faut savoir sur le cas du Sinaboko de Nikki

Le roi est mort, vive le roi ! Le mercredi 19 octobre 2022, le ciel du royaume de Nikki s’est assombri. Sa majesté, l’Empereur Sabi Nayina III, intronisé souverain de Nikki a rejoint ses ancêtres après huit ans, deux mois et 17 jours d’un règne bien accompli. Comme une traînée de poudre, l’annonce a fait le tour des réseaux sociaux. Et ce, malheureusement par des voix non officiellement autorisées, provoquant ainsi un parfait crime de lèse-majesté. En milieu Baatonou, qui doit faire l’annonce du rappel aux ancêtres du souverain ? Combien de temps durent les obsèques dès lors que la nouvelle est donnée ? Comment est organisée la succession ?

Par : Affissou ANONRIN

© BOULEVARD DES INFOS

Pour répondre à cette batterie de questions, nous nous sommes rapprochés de quelques personnes ressources détentrices de savoirs ancestraux en milieu Baatonou. L’une d’entre elles répond au nom de Soulémane GBASSIDE. Il est journaliste culturel à Deeman radio FM, émettant depuis Parakou à 400 Km au Nord du Bénin. Il est le premier secrétaire général de la dynastie Impériale GBASSI MAKO, l’une des cinq dynasties qui accèdent au trône de Nikki et l’une des plus influentes pour avoir donné pour le moment neuf souverains, c’est à dire neuf Empereurs.

L’annonce de la mort du Souverain en milieu Baatonou

Ce sont les griots de la cour impériale qui annoncent le deuil. Le griot en chef pour ce rituel, c’est le « Yankpé » suivi des trompettistes « Kakangui » ou ‘Kankanki ». Ils sont accompagnés par les joueurs de grands tambours sacrés, c’est-à-dire les « Bara Bakanou ». Le responsable de ces tambourineurs est appelé « Toufarou Kpè ». Ce sont donc les sonorités rituelles produites par les griots et les tambours sacrés qui annoncent le deuil de l’empereur. Ces sonorités respectent des codes rituels, cultuels ou encore traditionnels.

A cela s’ajoute un autre fait très important. Le chef traditionnel de la Cour impériale, le « Sounon Kondé » dénoue le cheval de l’empereur et se saisit de ses biens dont son drap, ses derniers habits qu’il retrouve dans l’enceinte du palais. Quand on voit le cheval de l’empereur, sortir de l’arrière la Cour impériale et conduit par ce Chef Sounon Kondé, plus de doute, le palais s’est assombrit. L’empereur s’est éteint.

Précision pour précision, l’annonce est faite d’abord à « Wénou Sousou », le village antique situé à 8km environ de Nikki centre où gît le premier souverain « Sounon Séro ». C’est le ou les trompettistes qui vont jouer leur sonorité coutumière de deuil à ce niveau. Ceci, pour informer les ancêtres que leur fils empereur est en route pour les rejoindre. C’est après l’étape de Wénou que le deuil est officiellement annoncé à la Cour impériale de Nikki. A cette occasion, les griots, Yankpé, Kankangui et Toufarou Kpè ont des sonorités rituelles circonstancielles et appropriées qu’ils jouent et pour les initiés, l’information est là. Pas de parole. Rien que des sonorités suivies des louanges ou panégyriques de l’Empereur défunt. On termine par une autre sonorité de guerre qu’on appelle « Gbangba » accompagnée du générique des forgerons appelé « Majéri goni » jouée par les trompettistes.

La durée des obsèques

Les obsèques durent « trois lunes », pas trois mois. C’est le croissant lunaire qui est ici pris en considération et non le calendrier grégorien ou arabe. Soit disant au passage que la cérémonie d’enlèvement de deuil ou les funérailles pour l’Empereur défunt sont programmées après analyse et décision des ministres de la Cour impériale pour les 22 et 23 décembre 2022 à Nikki.

Lesdits obsèques comportent plusieurs étapes. A l’annonce du décès, les grands tambours restent exposés à la Cour impériale avant même l’inhumation pendant les trois lunes. Le clan des « Kèrè » initié pour les rituels artistiques de l’Empereur anime les veillées chaque jour en principe ensemble avec les autres griots de la Cour notamment les « Guèssèrè », qui sont les griots en chef de l’Empereur avec pour responsable « Worou Tokoura ». Un dispositif rituel est installé à la Cour dès le premier jour. Il est fait d’un cachot en paille illuminé la nuit par un lampion traditionnel appelé « Baru fitiraku » ou « Dèru kiyo », plus traditionnel ou spirituel que ce que nous voyons d’habitude dans nos villages ou concessions. Les griots sont donc présents chaque soir à la Cour pour observer le deuil et pleurer la disparition de l’Empereur. Avant la fin des trois lunes, chaque chef, roi, dignitaire, prétendant ministre, et toute la communauté se prépare pour les obsèques qu’on appelle « Anana ».

Il faut préciser ici que les affaires courantes de l’Empire sont gérées par le « SINADOUNWIROU » qui assure la régence assisté des autres ministres de la cour qui, chacun a son rôle à jouer dans cette transition qui dure au moins trois « lunes ». En clair, c’est présentement le ministre SINADOUNWIROU qui porte la parole de la cour et gère les affaires courantes qui ressortent de ses prérogatives coutumières.

L’un des faits qui retient l’attention de beaucoup de personnes lors des obsèques du Souverain en milieu Baatonou est le rituel de l’immolation du mouton par les Nagots. Ce rituel provient du brassage intercommunautaire entre les Baatombu (pluriel de Baatonu) et les Yoruba (nagot) et cela date de l’installation du royaume avec les descendants du premier souverain SOUNON SÉRO. Pour être bref, les nagots sont considérés par les Baatombu comme « enfants de femmes » donc les enfants de la tante qui sont ainsi des cousins. Et les Nagots considèrent les Baatombu comme « enfants d’hommes », donc des cousins également. Ainsi cette filiation qui date de l’époque ancestrale établit le « cousinage ou la parenté à plaisanterie ». C’est le socle même de la familiarité dans la communauté Baatonu. C’est ça qui fonde le communautarisme, la solidarité, la reconnaissance, l’entraide, l’amour, la force de cette communauté Baatonu.
C’est la manifestation de ce cousinage qui se traduit à travers le rituel de l’immolation des cabris. En effet, le cabri est un animal domestique dont la viande est une protéine très savoureuse et qu’on offre aux hôtes de marque, pour des réjouissances ou des festivités en famille ou dans la communauté. Les cousins donc s’en servent pour immoler comme propriétaire et pour exprimer la reconnaissance de ce lien de familiarité, donc pour perpétuer la tradition ancestrale à travers cette immolation. Le sang de l’animal qui est versé est un sacrifice aux ancêtres pour exprimer que ce pacte ancestral n’est pas dénoué et se poursuit. Donc les cousins viennent s’ériger en maître chez les Baatombu, c’est-à-dire chez les parents de leur génitrice et les Baatombu quand ils sont chez les Nagots s’érigent aussi en maître puisqu’ils sont avec les enfants de la tante, donc les cousins. Vis versa.

La succession

Les prétendants qui sont des dignitaires issus des cinq branches dynastiques qui se succèdent au trône de Nikki, qui sont intéressés par la chefferie s’annoncent à travers premièrement leur participation active à l’organisation des funérailles « Anana » et auprès des ministres de la Cour impériale qui constituent le conseil de désignation ou le collège électoral. Les candidatures sont enregistrées, examinées, pré sélectionnées selon la tradition suivant des critères bien déterminés et pré établis. Les prétendants sont chacun invités et auditionnés sur leur lignée maitrisée par les griots et les ministres de la Cour, donc le conseil de désignation. Ils sont enfin convoqués à une date déterminée pour la désignation par le conseil de désignation. Les membres du conseil ne sont en aucun cas candidats et ne peuvent briguer alors le trône.

Une fois le nouvel Empereur élu, le conseil, les ministres, les rois, les chefs traditionnels, les dignitaires, les griots, et toutes les communautés de l’aire culturelle Baatonou-Boo se soumettent au souverain.

Source : Boulevard des Infos

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