Première cause de consultation dans les formations sanitaires, le paludisme demeure encore au Bénin, une maladie endémique avec des recrudescences saisonnières comme dans la plupart des pays de la sous-région. Face à la stagnation de la situation, les acteurs sont en quête d’une stratégie plus efficace. L’avènement du vaccin pour les enfants constitue un outil préventif complémentaire pour renforcer l’arsenal du combat pour l’élimination du fléau.

 

Au centre de santé de Gaounga dans l’arrondissement de Bariénou dans la commune de Djougou située à 470 km de la capitale économique Cotonou au Bénin, le paludisme est la première cause de mis en observation. Selon le Major du centre, Victor Adéoyé, sur 10 personnes mis en observation, 6 à 7 souffrent du paludisme grave surtout en période de pluie. Chez les enfants de moins de 5 ans, de janvier à mars 2022, sur 452 enfants admis à l’hôpital, les Tests rapides de paludisme ont révélé que 420 souffraient du paludisme dont 84 mis en observation.

Il n’y a donc pas de doute, le paludisme continue de sévir au Bénin surtout en cette saison de pluie.  Au plan national, la situation connait depuis 5 ans, une tendance stable. Chez les enfants de moins de 5 ans, elle est restée également stable entre 2017 et 2018 puis a connu un pic en 2019 avant de redescendre en 2020.

En effet, au niveau de la population générale, selon l’Annuaire des statistiques sanitaires 2020, l’incidence du paludisme simple a augmenté progressivement de 16,6% en 2016 à 21,4% en 2019 avant de connaitre une inflexion à 17,6% en 2020. En ce qui concerne les enfants de moins de 5 ans, l’incidence du paludisme simple a évolué selon la même tendance avec une augmentation progressive, passant de 38,1% en 2015 à 47,9% avant de connaitre également une inflexion à 41,4% en 2020.

Quant à l’incidence annuelle du paludisme grave, essentiellement noté chez les enfants de moins de 5 ans, elle connait une légère baisse sur les 5 dernières années, passant de 1,9% en 2015 à 1,5% entre 2016 et 2020. Sur la même période, le taux de létalité du paludisme chez les enfants de moins de 5 ans évolue à la hausse, passant de 1,7 %o en 2015 à 2,7 %o en 2020.

Une tendance stationnaire préoccupante

Aujourd’hui, tous les acteurs se sentent interpellés par cette situation de stabilité malgré tous les efforts déployés. « Il faut reconnaître qu’il y a une forme de routinisation, de stagnation de l’incident du paludisme au Bénin et dans la sous-région », signale le Coordonnateur national par intérim du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP), Dr Cyriaque D. Affoukou.

Ainsi, si la stratégie de lutte engagée depuis plusieurs années a permis d’enregistrer des résultats importants, la maladie sévit encore surtout chez les enfants. « Il y a des efforts appréciables qui sont faits même s’il y a des défis », souligne Soulé Adamou, Spécialiste en communication et mobilisation sociale de l’ONG DEDRAS, l’une des nombreuses organisations qui se mobilisent pour soutenir les autorités en charge de la santé.

Pour ces nombreux acteurs, la lutte engagée se heurte à la résistance aux insecticides, en particulier aux pyréthroïdes, un produit chimique crucial sur les moustiquaires imprégnées. Une situation qui explique la recrudescence que l’on observe. « Nous avons constaté que tout l’arsenal que nous mobilisons pour la lutte n’a pas encore permis d’éliminer le paludisme de notre territoire. Mais on n’a pas encore trouvé la solution idoine pour vraiment éliminer ce fléau de notre territoire », reconnait le Coordonnateur national du PNLP. Pour l’heure, les moyens de lutte traditionnels passent par l’utilisation des moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action. A cela, d’autres stratégies sur le terrain sont utilisées comme la chimioprévention du paludisme saisonnier utilisées beaucoup plus dans deux départements du nord à savoir l’Alibori et l’Atacora. Il y a également le traitement préventif intermittent chez les femmes enceintes à travers l’utilisation de la sulfadoxine pyriméthamine permettant de donner ce médicament aux femmes enceintes à partir du 3e mois de grossesse jusqu’à la fin une fois par mois pour les prévenir contre le paludisme. Sans oublier qu’en dehors des autres stratégies de lutte anti vectorielles, il y a la pulvérisation intra domiciliaire et l’assainissement du cadre de vie. Sur cette dernière stratégie, plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer la faible prise en compte de l’assainissement. « Le Programme national de lutte contre le paludisme ne prend pas suffisamment en compte les questions d’assainissement. L’insalubrité autour des habitations et la mauvaise hygiène de vie favorisent le développement des gîtes larvaires. Avant de dormir dans une moustiquaire ou dans une chambre pulvérisée, les gens se font piquer par les moustiques », explique Sylvana Ayihonsi, Directrice Exécutive de l’ONG AgroMEC Bénin. Elle invite à prioriser dans les stratégies de lutte, l’assainissement du cadre de vie.

Par ailleurs, en soutien aux actions du PNLP, l’organisation Speak Up Africa qui accompagne depuis quelques années, les ministères et institutions de quelques pays de la sous-région a aussi appuyé le Bénin, à développer des stratégies de plaidoyer visant à accroitre le financement et engager davantage les populations, les décideurs, les médias en faveur du contrôle et de l’élimination du paludisme. En nnovembre 2020, la double initiative « Zéro Palu, Je m’engage » et « Zéro Palu, les entreprises s’engagent » a été lancée pour renforcer l’engagement politique, du secteur privé et celui communautaire. Une table ronde des entreprises du secteur privé a été également organisée en mars 2021 afin de redynamiser la mobilisation domestique des ressources au profit de la riposte face au fléau.

Le vaccin comme outil préventif complémentaire

Face au défi de la stabilité de la prévalence observée, les acteurs saluent l’avènement du premier vaccin antipaludique chez les enfants dont le déploiement massif a été recommandé par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) depuis le 6 octobre 2021. « Nous nous réjouissons de l’avènement du vaccin. Les résultats des tests dans les pays cibles sont largement suffisants pour un déploiement qui permettra de sauver plusieurs vies surtout les enfants », confie Soulé Adamou de l’ONG DEDRAS

Au Bénin, loin d’être une solution miracle pour enrayer la maladie, le vaccin viendra compléter le paquet d’interventions au niveau national. Pour le Coordonnateur national par intérim du PNLP, « le vaccin vient comme un outil de prévention complémentaire. On ne peut pas dire que c’est une panacée dans la lutte contre le paludisme parce que son efficacité n’est pas encore prouvée à 100% ». Tout en saluant la découverte de ce vaccin, les acteurs attendent avec impatience comme promis par l’OMS, son déploiement massif à partir du deuxième trimestre de 2023 avec les documents normatifs qui doivent guider son utilisation.  « Mon souhait est que d’ici l’année prochaine, son déploiement soit systématique et massif pour permettre aux enfants de souffler. Car, cette maladie amenuise les revenus des populations pauvres et empêche les enfants d’aller à l’école », soutient Soulé Adamou. Mais, d’autres acteurs appellent à la prudence et invitent à continuer à renforcer les moyens traditionnels. « Nous avons attendu depuis des décennies la découverte d’un vaccin. Il faut que l’Afrique prenne son temps pour rechercher les solutions efficaces. Le vaccin qui est efficace à 50% peut être utilisé pour les enfants des couches les plus vulnérables et nous devons continuer à mette l’accent sur la lutte antivectorielle », avertit Yvette Alavo, Directrice de l’ONG Icône 360°.

Même en venant renforcer les moyens de lutte, le vaccin seul ne suffira pas pour atteindre l’objectif de l’élimination en 2030. Il faudra redoubler d’efforts et surtout imaginer de nouvelles solutions. C’est ce qui justifie le choix du thème retenu pour la célébration de la Journée mondiale du paludisme 2022 à savoir « « Innover pour réduire la charge du paludisme et sauver des vies ». Ainsi, le Bénin comme les pays en proie à cette maladie endémique sont désormais condamnés à innover pour venir à bout de cette maladie endémique.

Alain TOSSOUNON (Coll.)

Source : Matin Libre

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