Rédaction et étude du curriculum vitae pour une demande d’emploi : Ruse, fantaisie…la défense de la compétence en question !

Principale pièce de dossier de candidature à une offre de recrutement des employés, le curriculum vitae en abrégé CV enfle la polémique entre recruteurs et offreurs de compétences sur le marché de l’emploi. Si certains candidats au job ne savent pas bien réaliser ce précieux outil, d’autres le défendent très mal devant le recruteur.




Jeudi 20 octobre 2022. Il sonne environ 16h 20 mn. Jonquet, l’un des quartiers les plus chauds de Cotonou, capitale économique du Bénin. La journée d’un soleil ardent s’achève doucement. Les belles dames de la nuit s’arrangent déjà pour accueillir quelques visiteurs ou clients. Nous sommes devant un immeuble à six (06) niveaux situés à quelques encablures de la pharmacie ‘’Jonquet”. Nous entrons, au troisième étage, à l’intérieur de cette grande maison. Bienvenue au cabinet de Joël A. Sossa. Assis sur une chaise dans son bureau, les regards fixés sur son ordinateur portatif, le recruteur jette un coup d’œil sur son bracelet. Il voit 16h passées de 25mn. A 16h 30 mn, il doit recevoir une candidate à l’emploi pour un entretien d’embauche. A 16h 28 mn, de teint clair et d’environ 170 centimètres de taille, l’offreuse de services fait son apparition. La trentaine révolue se dirige vers la secrétaire du cabinet et lâche quelques mots de salutation d’usage :« Bonsoir madame. J’aimerais rencontrer monsieur Sossa ». La secrétaire lui demande de patienter et se dépêche pour alerter son patron. Aussitôt informé de l’arrivée de la candidate au job, Joël invite Aline K. à plancher. Après 10 à 15 mn de casting, le recruteur apprécie : « Elle a déposé une candidature spontanée ». Il confie que c’est un entretien express et la dame n’a pas exigé de poste. « C’est le début du processus de recrutement et il reste la phase d’approfondissement où il faut la mettre à l’épreuve pour tester sa compétence », avoue-t-il. Il projette l’embaucher pour les services de son cabinet une fois l’entretien bien conclu. A cette phase à venir, le recruteur entend la confronter au contenu de son curriculum vitae. Sur la qualité des CV reçus au cabinet, Joël A. Sossa se veut clair : « Nous distinguons trois catégories de curriculum vitae chez les candidats à l’emploi ». « La première catégorie regroupe des personnes dont le curriculum vitae reflète leurs compétences. La deuxième catégorie concerne des candidats qui sont dans la justesse et la dernière est marquée par des postulants qui passent totalement à côté de la norme », constate-t-il. Joël A. Sossa relève que les deux dernières catégories sont les plus dominantes. « Les chercheurs d’emploi de ces dernières catégories ne connaissent pas les règles de la rédaction d’un CV », renchérit-il. Désiré Sossou, enseignant en ressources humaines et recruteur crève l’abcès : « Sur 10 curricula vitae, 7 sont mal conçus par les demandeurs d’emploi ».

Ignorance et manque de formation


Pour nombre de spécialistes de la chaîne de l’employabilité, les raisons sont multiples et concernent surtout le manque de formation. Wilfrid Ahouansou est responsable du Centre de l’employabilité de la francophonie (CEF), basée à l’Agence universitaire de la francophonie au campus d’Abomey-Calavi. Il explique que plusieurs jeunes diplômés des universités ne disposent pas des compétences transversales à part les compétences techniques et intellectuelles liées à leurs spécialités respectives. Il met, entre autres, dans les compétences transversales, la rédaction du curriculum vitae et les lettres de motivation. « Dans les curricula de formation dans nos écoles et universités, cette formation sur la rédaction des CV n’existe pas du tout », martèle-t-il. Joël A. Sossa revient à la charge : « Je trouve d’abord que c’est de l’ignorance de la part des jeunes diplômés. Ils ne savent pas comment se vendre à travers un curriculum vitae pour décrocher un emploi ».

Manque de sincérité


L’Agence nationale pour l’emploi (ANPE-Bénin) est une entreprise de service public. Elle a pour vocation d’opérer des recrutements du personnel pour des entreprises de toutes catégories qui demandent son expertise. Les agents de cette structure étatique reçoivent des milliers de curricula vitae dès la publication d’un avis de recrutement sur les réseaux sociaux. Simplice Togbé, Directeur de l’emploi salarié, de l’orientation et de la prospection (DESOP) dresse un état des lieux mitigé sur la qualité de ce sésame. Contrairement aux autres recruteurs qui estiment que les CV des candidats sont mal présentés, lui, trouve que les offreurs de services fournissent des efforts dans sa réalisation. « Il existe des candidats qui font des curricula vitae irréprochables », se réjouit-il. Tout de même, Simplice Togbé pense que le problème des jeunes diplômés en quête de l’emploi réside dans la présentation à l’entretien d’embauche. « Nous recevons des candidats qui ont du mal à défendre leur CV devant les recruteurs », fustige-t-il. Certains consultants avouent que le vrai problème part de la rédaction de son CV. La surabondance de couleurs, la hiérarchisation des informations sur des parcours professionnels et des fautes graves enregistrées. Désiré Sossou s’en désole : « Nous constatons sur des CV des erreurs de grammaire, de conjugaison et d’orthographe ». Poursuivant dans son développement, il raconte avoir lu un curriculum vitae bourré de couleurs dans toutes les colonnes. « Les candidats assomment les recruteurs par leur pratique », se plaint-il. Gilberte G. est secrétaire dans une agence immobilière à Calavi. Sur son curriculum vitae, s’est glissée une erreur sur son année de naissance. Au lieu de quatre chiffres, elle a mis cinq chiffres. Des mensonges aux recruteurs lors des entretiens d’embauche. « Ils mettent beaucoup d’informations sur les CV et c’est lors de l’entretien qu’on découvre qu’ils n’ont pas fait des expériences citées », dénonce Désiré Sossou

Une situation qui n’est pas sans conséquences sur les demandeurs d’emploi. « Les recruteurs auront un doute sur leur sincérité dans la rédaction de leur CV », tire Simplice Togbé comme conséquence. Joël A. Sossa va plus loin : « Il y en a qui auront des potentiels qu’il faut mais ne peuvent pas se valoriser sur le marché de l’emploi ». Il ajoute que malgré les compétences engrangées dans les écoles, ils seront recalés par les employeurs à l’entretien.



A l’apprentissage


Paquita Bossou Batonon est la chargée de l’employabilité des jeunes à la Confédération des organisations syndicales indépendantes (Cosi-Bénin). Elle dirige un centre qui organise des formations mensuelles au profit des jeunes diplômés sur beaucoup de thématiques relatives à l’insertion professionnelle. Des thématiques qui touchent les techniques de recherche de l’emploi à l’ère du numérique, la rédaction de CV et des lettres de motivation. Désiré Sossou est l’un des formateurs de ce centre : « Nous apprenons aux jeunes diplômés en quête de l’emploi stable la rédaction du curriculum vitae ». Il donne des astuces nécessaires pour réussir son CV. Le curriculum vitae est un outil de communication et de marketing pour le chercheur de l’emploi. En effet, il y a des choses à éviter pour sa bonne réalisation. « Il faut éviter de mettre sa photo si l’entreprise ne demande pas. Il est déconseillé de mettre ‘’je certifie exactes les informations ci-dessous mentionnées”. Ce n’est pas un document juridique », conseille-t-il. Pour Joël, ce document ne doit pas être signé. Il ne doit pas y avoir à l’entête curriculum vitae ». Huberte Dossa, spécialiste en marketing digital lui apporte de l’eau au moulin : « Je ne signe jamais mon CV et je ne mets pas non plus comme titre CV ». Mais cet aspect de la question dépend des entreprises et des recruteurs. Certains employeurs exigent la signature de curriculum vitae aux postulants selon les avis de recrutement de leur entreprise. Au CEF à l’université d’Abomey-Calavi, les responsables forment des étudiants finissants en ligne et en présentiel sur les différentes techniques de rédaction de CV. Wilfrid Ahouansou : « Les demandeurs d’emploi sont formés sur les thématiques liées à la recherche d’emploi, au développement des compétences transversales ou encore à la pré-incubation entrepreneuriale ».

Eméline Amoussou et Valérie D. Mitokpè sont deux recruteuses. Elles fustigent certains candidats qui élaborent un curriculum vitae sur plusieurs pages. Dans leur recommandation à l’endroit des jeunes diplômés, elles conseillent deux pages au maximum sauf en cas d’exigence par l’employeur dans l’avis de recrutement. « Les candidats doivent adapter leur curriculum vitae au profil exigé par l’entreprise », souffle Joël A. Sossa. Il y va de l’intérêt des offreurs de compétences pour leur inclusion professionnelle sur le marché de l’emploi.

Joël SEKOU (Coll)

Source : Fraternité

About Post Author

Laisser un commentaire

Au quotidien

décembre 2022
L M M J V S D
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293031  

Archives