Sur Ma Part de Vérité de Golfe Tv: L’appel de Joël Aïvo à la communauté internationale

Joël Aïvo était l’invité de l’émission Ma Part de Vérité hier dimanche 24 janvier 2021. Sur le plateau de Golfe Tv, le professeur titulaire de droit public et constitutionnaliste a abordé des questions relatives à la gestion du pouvoir par le président Patrice Talon, mais également, des aspects politiques notamment la question du parrainage et la restauration de la démocratie.  Il a saisi l’opportunité pour lancer un appel à la communauté internationale.

 

Joël Aïvo justifie sa sortie médiatique par la nécessité du partage des fruits des recueils sur le terrain, dans le cadre du dialogue itinérant qui l’a amené à parcourir plus d’une cinquantaine des communes à travers le pays, mais également par la dénonciation des dérives du pouvoir. Son adhésion au Front pour la restauration de la démocratie tient dit-il, à la nécessité d’un retour à la démocratie avec la tenue d’un dialogue inclusif, la suppression du parrainage dans le cadre de la prochaine présidentielle et le respect des décisions de la Cour africaine des droits de l’Homme.

Au sujet de la candidature du chef de l’Etat

Pour le professeur, la candidature du chef de l’Etat relève plutôt d’une question morale et éthique que juridique. Le président de la République a le droit d’être candidat à sa propre succession  au regard de la constitution du 11 décembre 1990, affirme-t-il. Cependant, informe-t-il, le candidat Patrice Talon a décidé de son gré, de ne briguer qu’un seul mandat. Et c’est en fonction de cela que plusieurs autres candidat l’ont soutenu face à Lionel Zinsou : « Ce n’est pas moi qui ai dit que le président Talon fera un mandat, c’est lui qui a dit. C’est lui qui l’a dit au Bénin comme à l’extérieur ; c’est lui qui l’a dit le 6 avril 2016 à la cérémonie de prestation de serment ; c’est lui l’a dit dans son discours d’ouverture de mandat qu’il est candidat à un seul mandat. Et il l’a répété que même si la réforme du mandat unique n’aboutissait pas, qu’il le ferait à titre personnel, pour montrer qu’en 5ans, on peut faire le job », rappelle Aïvo. Pour l’invité, la décision

du chef de l’Etat a tout simplement contribué à abîmer la parole politique. Ce qui pourrait créer une crise de confiance entre les Béninois et leurs élites politiques.

Sur le parrainage

Le constitutionnaliste affirme son opposition au parrainage tel qu’il a été aménagé par le parlement. Il affirme donc avoir été le premier à tirer la sonnette d’alarme dès son adoption car tel qu’il est aménagé, « le parrainage est mortifère ». Il s’y oppose donc car la révision constitutionnelle ayant conduit à son adoption,  était irrégulière, parce que l’a été en procédure  d’urgence, ce qui selon lui,  n’existe pas en matière de révision constitutionnelle. Le parrainage, sur le principe, le Bénin ne l’invente pas, reconnaît-il.  Mais il déplore la détention par le chef de l’Etat seul, lors de l’adoption de la loi, de la moitié des parrains, notamment les 83 députés issus d’une élection « dont l’opposition a été éjectée ». Par ailleurs dit-il,  « le gouvernement a décidé de vendanger les élections communales, dernier procédé par lequel l’on pouvait encore donner de parrains à ceux qui n’en ont pas », et ce, avec le principe  des 10% ayant obligé des élus par la population, à ne pas siéger dans les conseils municipaux et communaux. Il déplore par la même occasion, le fait que l’opposition soit obligée d’aller persuader le pouvoir, de la pertinence de son projet de société, pour lui permettre de sélectionner les candidats devant entrer en compétition  contre lui. Pour lui, ce n’est qu’un match amical sans enjeu. Le professeur en conclut à l’échec de la réforme du système partisan qui avait pour objectif de faire accéder au pouvoir, les militants des partis politiques. Car constate-t-il, à deux semaines de la clôture du dépôt des dossiers de candidatures, aucun militant de parti politique ne s’est déclaré officiellement candidat à la présidentielle, Patrice Talon n’ayant jamais affirmé être militant d’un parti.

 

La prorogation du mandat du chef de l’Etat

L’invité affiche également une opposition face à la prorogation du mandat de Patrice Talon. Pour lui, il s’est présenté aux Béninois pour être candidat pour un mandat de 5 ans et non pour un mandat de 5ans et 45 jours. Le président de la République a obtenu la confiance des Béninois pour un mandat de 5 ans. Il a prêté serment devant la cour constitutionnelle, l’Assemblée nationale et devant le peuple béninois et a juré sur la constitution qu’il été élu pour un mandat de 5 ans. Au nom de quoi un parlement, en tant que constituant dérivé peut-il rallonger ou donner un bonus supplémentaire que le peuple n’a pas donné ?, s’interroge-t-il. Selon ses propos, même la révision constitutionnelle ne peut avoir pour objet, de rallonger le mandat que le peuple a donné. Sauf à considérer que le serment ne sert à rien. Si on accepte aujourd’hui que le président qui a été élu pour 5ans, que le parlement lui rajoute un bonus de 45 jours, je vous assure que demain, un président sera élu et il lui sera possible de faire 5 et 6mois, 5ans et … La loi constitutionnelle ne peut pas être rétroactive et si elle l’est, ce ne serait que frauduleusement », avertit-il.

 

Un bilan économique peu reluisant

Abordant le bilan économique du gouvernement, Joël Aïvo se dit impatient d’échanger avec celui qui est prêt à porter le bilan du gouvernement sur les performances économiques tant vantées et qui sont reprises par les organisations internationales. « Ils s’impressionnent par leur propres chiffres, mais la croissance économique qui n’est pas inclusive, la croissance économique qui ne génère pas de l’emploi, qui ne permet pas aux Béninois de subvenir à  leurs besoins, est une croissance inhumaine », a-t-il déclaré.  A l’en croire, la ménagère rencontrée à Banikoara est plus préoccupée par son activité économique que par les chiffres de la Banque mondiale. « Une croissance qui ne permet pas aux citoyens de résoudre leurs problèmes, qui ne permet pas de résoudre les problèmes de santé, est une croissance creuse. Il n’y a eu que des emplois détruits. Nombres d’entreprises ont fermé, pas d’attrait pour les investisseurs, la recrudescence des cas de suicide, la loi sur l’embauche est un crime social. Il y a un vrai drame social qui se joue dans le pays », s’indigne le potentiel candidat à la présidentielle.

Interpellé sur son projet de société l’invité se dit préoccupé pour l’heure par le rétablissement de la démocratie avec pour urgences le rassemblement du pays et l’apaisement des tensions. Il en a cependant dévoilé quelques piliers relatifs à la relance de  l’économie, la réforme du système sanitaire et scolaire, la redéfinition de la richesse, avec la redistribution des bénéfices et le repositionnement du Bénin à l’international.

Un appel à la communauté internationale

Même si le professeur ne doute pas de la capacité des Béninois à résoudre leurs problèmes, il lance tout de même un appel à la communauté internationale : « A la communauté internationale, aux chancelleries installées dans le pays, aux partenaires traditionnels du pays, ne détournez pas votre regard, il se joue un vrai drame, une crise de la démocratie.  Je sais que par nous-mêmes nous allons y arriver. Mais Notre pays a besoin de vous pour nous accompagner », lancera-t-il.

 

Thomas AZANMASSO

Source : Matin Libre

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