Traite des enfants au Bénin: L’appel pressant du Sg Chadaré au gouvernement depuis Genève

(Il souhaite une implication de tous pour l’application effective de la Convention 182)

Depuis Genève, où il participe à la Conférence Internationale du Travail 2022, le Secrétaire général de la COSI-Bénin est intervenu hier mercredi sur les pires formes de travail que continuent de subir certains enfants au Bénin en dépit des efforts de législation et de sensibilisation. Occasion pour Noêl Chadaré (photo) de lancer un appel pressant au gouvernement de son pays en vue de lutter efficacement contre le phénomène. Lire l’intégralité de son intervention.

 Conférence Internationale du Travail 2022

Genève, le 08 juin 2022

Intervention du secrétaire général de la COSI-Bénin dans la commission de l’application des normes au sujet de l’interpellation du gouvernement béninois sur la C-182.

Monsieur le Président,

Chers membres de cette commission

C’est en ma qualité de délégué titulaire que je prends la parole en tant que représentant des travailleurs béninois pour me prononcer sur l’application effective de la convention 182 sur les pires formes de travail des enfants dans mon pays le Bénin.

Dans notre culture et tradition, l’enfant est la propriété de la communauté. Son éducation et son insertion sociale ne sont pas du seul ressort de ses géniteurs mais plutôt l’affaire de toute la communauté pour ne pas dire toute la société. Ainsi, un enfant peut être confié à un membre de la famille élargie chez qui il séjournera pour son éducation et son insertion professionnelle. De même sur la base des rapports de confiance et d’amitié, il arrive que le père de l’enfant le confie à un ami en dehors du cercle familial parce qu’il pense qu’avec celui-ci il a l’assurance d’un bon environnement familial pour l’épanouissement de sa progéniture. Cet enfant s’appelle chez nous au Bénin « vidomègon », littéralement « enfant confié à autrui » ou « enfant placé auprès de tiers ».

Il s’agit, ni plus ni moins, de convention sociale établie par la tradition et qui consacre un acte de solidarité et d’entraide au profit d’enfants issus de familles démunies ou simplement d’enfants ayant besoin de changer d’environnement pour leur propre bien.

Mais, depuis quelques années, cette pratique, qui en soi n’était mauvaise, est malheureusement dévoyée, galvaudée et utilisée à d’autres fins qui ne contribuent guère à l’épanouissement des enfants placés. La pauvreté, la misère, la recherche du gain facile à tous les prix sont passés par là. En effet, des parents pauvres incapables de subvenir aux besoins de leurs familles notamment des enfants, laissent partir leurs progénitures pour des destinations inconnues, douteuses auprès de personnes qui n’ont qu’un seul objectif, gagner beaucoup d’argent en exploitant les enfants à eux confiés. Assez souvent, ces enfants mineurs vivent l’enfer dans des tâches domestiques à l’intérieur des maisons, dans les marchés ou la rue où ils sont utilisés comme vendeurs et dans des structures du secteur informel comme travailleurs ou apprentis. Affamés, premiers à se lever, derniers à se coucher, ils travaillent sans répit, portent de lourdes charges et ne sont pas scolarisés. Ce triste phénomène traverse malheureusement aujourd’hui les frontières du Bénin et se couple avec le trafic des enfants qui deviennent des travailleurs migrants malgré eux. Ainsi on retrouve des enfants mineurs béninois dans les pays limitrophes du Bénin qui accueille également des enfants étrangers mineurs sur son sol.

Chers membres de la commission, voilà les faits tels que cela se passe au Bénin, voire dans d’autres pays avoisinants. La C-182 a vu le jour justement pour lutter contre ces formes de travail des enfants qui sont insupportables parce qu’ils violent les droits élémentaires des enfants. Mais que fait le gouvernement béninois par rapport à cette situation pour éradiquer les pires formes de travail des enfants dans notre pays. Quel est le point de vue des organisations syndicales sur cette question préoccupante du travail des enfants. ?

Par rapport à l’application de la C-182, nous devons reconnaître que de la part de notre gouvernement, il existe une réelle volonté politique de lutter contre ce phénomène : des textes juridiques sont pris, un plan national de lutte contre le travail des enfants existe, des décisions sont prises et des actions menées pour juguler le phénomène. Je vous fais l’économie de tout cela car les représentants du gouvernement à coup sûr les évoqueront mieux que moi. Mais nous devons le reconnaître, le mal n’a pas véritablement régressé. Pour nous travailleurs, venir à bout de ce phénomène et appliquer convenablement et efficacement  la convention 182, passe par une implication plus accrue de toutes les forces sociales à savoir les syndicats, les parents, les associations de développement, les communautés  pour une vaste campagne et une mobilisation générale autour d’actions concrètes discutées et convenues ensemble avec des stratégies efficaces. Cela suppose un vrai dialogue avec les partenaires que nous sommes. Il faut que le gouvernement renonce à la prise d’actes législatifs et réglementaires qui violent les conventions C-87 et C-98 pour affaiblir les organisations syndicales et consacrer le recul du droit syndical au Bénin. La lutte contre le phénomène de  VIDOMEGON au Bénin sera un succès si le gouvernement instaure entre les acteurs sociaux, un dialogue sincère et responsable qui s’inscrive dans la durée comme un outil de bonne gouvernance. Il faut cesser de voir les syndicats comme des adversaires mais plutôt des partenaires de gouvernance.

Seul ce type de dialogue permettra au Bénin de produire les normes susceptibles d’éradiquer les pires formes du travail des enfants. Ces normes pourront traiter le mal à la racine en faisant de la lutte contre la pauvreté une priorité, en faisant de l’extension de la protection sociale une priorité, en faisant de la transformation structurelle de l’économie une priorité, en faisant de  la question de l’emploi décent une priorité. S’il est vrai que la gratuité de l’école et la généralisation progressive des cantines scolaires ont eu assurément des impacts positifs sur le taux de scolarisation, le gouvernement doit implémenter des mesures pour améliorer le taux de rétention et d’achèvement des filles à l’école. Pour cela, il faut cesser d’encourager la précarité des enseignants vacataires appelés aspirants et qui représentent plus de 51% des effectifs au secondaire et plus de 25% au primaire.

Les organisations syndicales invitent le gouvernement béninois à ratifier dans un bref délai l’ensemble des conventions susceptibles de soutenir la lutte contre le travail des enfants. Il s’agit entre autres, de la convention 129 sur l’inspection générale du travail dans le secteur agricole, la C-189 sur les travailleuses et travailleurs domestiques, la convention 97 sur les travailleurs migrants, la Convention 122 sur la politique de l’emploi, la convention 190 sur la violence et le harcèlement etc.

En résumé, on peut retenir que dans le cadre de la C-182, pour lutter contre les pires formes du travail des enfants, dans la continuité du pouvoir précédent, le pouvoir actuel n’a pas baissé les bras. Des efforts louables sont faits, mais le phénomène persiste et si le gouvernement veut se donner des chances de succès dans ce combat, il doit davantage mobiliser tous les acteurs concernés autour d’une campagne nationale en y associant d’autres mesures efficaces suggérés ci-dessus mais en tenant grand compte des recommandations finales de la conférence internationale  Durban sur le travail des enfants.

Je voudrais encore une fois exprimer tous mes remerciements pour les membres de la commission, les experts et l’ensemble des responsables du BIT qui ont traité et programmé ce cas.

Les organisations syndicales du Bénin comptent sur l’appui de tous pour changer la situation que j’ai décrite dans mon intervention.

 

   Noël CHADARE

Source : Matin Libre

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