En réponse au coup d’Etat au Niger, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a annoncé des sanctions économiques et financières. Mais ces sanctions jugées “inhumaines“ et préjudiciables aux populations alimentent la polémique dans l’opinion.

 

La fermeture des frontières, la suspension des transactions commerciales y compris celles portant sur l’électricité, les produits pétroliers, les biens et services, le gel des avoirs à la banque centrale des états de l’Afrique de l’Ouest et dans les banques commerciales de l’espace Uemoa, la suspension des opérations entre les banques du Niger et celles de l’Uemoa, l’interdiction du survol de l’espace aérien des pays de l’Uemoa par tout aéronef en provenance ou à destination du Niger, la suspension de toutes les assistances en faveur du Niger par toutes les institutions de financement de l’Uemoa, particulièrement la Banque ouest-africaine de développement (Boad). Pour la junte militaire au pouvoir, il s’agit des “sanctions illégales, inhumaines et humiliantes“ qui pourraient “priver le pays de produits pharmaceutiques, de denrées alimentaires…de fourniture en courant électrique“. Les populations nigériennes seraient durement éprouvées par les effets desdites sanctions. Le Programme alimentaire mondial (Pam) n’a pas manqué également d’exprimer ses inquiétudes quant aux conséquences desdites sanctions sur les populations nigériennes notamment les agriculteurs nigériens qui dépendent des « exportations vers le Nigeria et le Bénin », selon une publication de Radio France internationale. Du risque d’inflation aux pénuries de produits alimentaires », il n’est pas exclu également que les programmes du Pam soient perturbés avec une réduction des financements. Dans une déclaration rendue publique, la Fédération internationale pour les droits humains (Fidh) estime que les sanctions de la Cedeao ne doivent pas viser les populations nigériennes. La Fidh appelle “l’institution sous régionale à revoir ses sanctions afin de ne pas aggraver le sort des populations civiles nigériennes, premières victimes du coup d’État“. « Nous sommes profondément inquiets des conséquences de ces sanctions, en particulier leurs impacts sur la fourniture des produits alimentaires de grande consommation, des produits pharmaceutiques, des matériels et équipements médicaux, des produits pétroliers et de l’électricité… Ces mesures ont déjà commencé à toucher les populations nigériennes confrontées régulièrement à des difficultés alimentaires et sanitaires », a déclaré Sita Adamou, Président de l’Association nigérienne de défense des droits de l’homme (Anddh). Alors que la Centrale syndicale (Csa-Bénin), le Parti communiste, l’Union islamique ainsi que les évêques du Bénin ont appelé à la levée desdites sanctions, l’opposant politique béninois, Candide Azannai estime que les sanctions prises par la Cedeao et l’Uemoa ne sont prévues nulle part dans les textes de ces deux organisations de la sous-région. “Le Parti Restaurer l’Espoir constate la vacuité du Traité révisé de la Cedeao (Chap. 10 et 16) sur l’embargo et celle du Traité modifié de l’Uemoa (Art. 74) sur le gel des avoirs. Aucune disposition juridique n’organise et n’autorise les sanctions prises par la Cedeao contre la République du Niger. De surcroît, certaines sanctions à impact irrémédiable sur les populations prises par les Chefs d’Etat et de Gouvernement à l’issue de leurs derniers Sommets consacrés au coup d’Etat intervenu au Niger sont interdites au regard de certaines exemptions liées au statut des pays enclavés. (Plusieurs Conventions et Traités internationaux). De plus, une jurisprudence de la Cour de justice de la Cedeao contre-indique largement les dernières sanctions qui constituent un embargo total contre la République du Niger“ fait savoir l’ancien ministre béninois chargé de la défense nationale. Les sanctions de la Cedeao semblent également loin, à la lumière de ceci, de faire l’unanimité.

A.B

Source : Matin Libre

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